Philippe Even et Bernard Debré interdits d'exercer : "Inacceptable"

Antoine Oury - 19.03.2014

Edition - Justice - Philippe Even et Bernard Debré - Guide médicaments - interdiction d'exercer


Avec la publication de leur Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, les médecins Philippe Even et Bernard Debré entendaient réaliser un gros coup dans l'édition, avec un ouvrage-choc, sans concession. La Chambre régionale de l'ordre des médecins d'Ile-de-France aura suivi la même prescription, et a condamné les deux auteurs à une interdiction d'exercer la médecine pendant un an, rapporte l'AFP.

 

 

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Taki Steve, CC BY-SA 2.0

 

 

 Le livre fait partie des meilleures ventes de l'année 2012 : le Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux tombait à pic, après le scandale du Médiator et alors que le sujet de l'automédication revenait sur le devant de la scène médiatique. Si le public a plébiscité l'ouvrage, les confrères des deux auteurs ont trouvé à redire.

 

« Ce livre, truffé d'erreurs, ne peut pas être considéré comme un guide d'information objectif », commentait ainsi Jean-François Bergmann, chef du service de médecine interne à l'hôpital parisien Lariboisière. Des cardiologues et allergologues avaient également réagi contre certains passages du livre, qui jugeaient leur médecine inefficace.

 

L'Ordre des médecins, sollicité par près de 300 médecins qui s'estimaient diffamés par l'ouvrage, a finalement sanctionné les deux auteurs à une interdiction d'exercer la médecine pendant un an. Les deux hommes étant à la retraite, la sanction est surtout symbolique, mais a tout de même choqué Bernard Debré. « Nous sommes sanctionnés parce qu'on a dit ce qu'on pensait, c'est un délit d'opinion, cela ne tient pas une seconde », estime-t-il. Au vu des autres sanctions délivrées par l'Ordre, celle-ci serait plutôt lourde.

 

Selon les explications de l'Ordre pour motiver ses décisions, les auteurs ont « gravement mis en cause la compétence et l'honnêteté de médecins », et ainsi manqué à leur devoir de confraternité. En critiquant méthodes et médicaments, les auteurs faisaient courir des risques d'arrêt de traitement, et d'un sentiment de défiance chez les patients, vis-à-vis de leur médecin traitant.

 

En juin 2013, les auteurs avaient eu la satisfaction de voir les laboratoires Servier, fabricants du Médiator, déboutés par le Tribunal de Grande Instance de Paris, alors qu'ils avaient déposé une plainte contre les auteurs du Guide.