“Philosophie de la précarité” : grève masquée des vacataires de la BPI (Beaubourg)

Gariépy Raphaël - 10.09.2020

Edition - Bibliothèques - Bibliothèque Société Grève - Bibliothèque Publique d’Information - Beaubourg Culture


Ce jeudi 10 septembre, un piquet de grève a fleuri devant les portes de la Bibliothèque Publique d’Information de Beaubourg. Le fonctionnement de l’établissement, qui s’appuie sur une armée de vacataires en contrat précaire, était remis en question depuis plusieurs années. Aujourd’hui, avec la crise sanitaire, la situation est devenue intenable. 
 
Grève à la BPI

 
Le Covid a agi comme révélateur, mais les tensions au sein de la bibliothèque remontent. Sur les 230 employés, une cinquantaine est engagée comme vacataires et contractuels. Ils restent six mois maximum avant d’être remplacés et ne peuvent repostuler avant 2 ans de carence. À raison de 60 heures/mois, même avec des heures supplémentaires, la formule ne permet pas de valider les 910 heures nécessaires à la perception des allocations chômage. 

De ces contrats découlent également une mauvaise couverture santé et des salaires très bas. Si les négociations sont en cours, les incertitudes demeurent – notamment autour de la revalorisation salariale. Aujourd’hui, les grévistes cherchent à établir un rapport de force et à renouer le dialogue avec la direction sur ces questions. 

« On espère mettre la pression sur nos revendications : on a compris, c’est malheureux à dire, qu’il n’y a que ça qui marchait », explique Maxime, qui travaille depuis 8 mois au sein de l’établissement. Comme lui, ils sont une vingtaine à se masser, masqués, devant les portes Beaubourg pour faire part de leur mécontentement. 
 

Une difficile communication 


Les protestataires se doutent que la direction ne pourra, à elle seule, répondre favorablement à toutes leurs revendications. L’objectif de la mobilisation est avant tout d’établir un dialogue plus direct, notamment avec la directrice, Christine Carrier. 

Les contractuels sont en effet souvent oubliés lors des annonces de changement au sein de la BPI et subissent ces évolutions sans pouvoir avoir leur mot à dire. Ce manque de dialogue entre direction et vacataires n’a jamais été aussi criant qu'avec le protocole Covid au sein de la bibliothèque. 

« Le statut à part des vacataires fait qu’ils n'accèdent pas à l’intranet : ils n’ont pas été informés des mesures mises en place », détaille Maxime. « Il a fallu que les titulaires se rendent compte qu’une partie de leurs collègues n’était pas informée pour que l’on découvre les mesures. »




Pour Catherine, ce fonctionnement handicape la bibliothèque dans son ensemble. Titulaire, en poste depuis 2009, elle a pu se rendre compte, au fil des années, à quel point la généralisation de ces contrats courts s'avère frustrante. « Quand la personne commence à être opérationnelle, elle s’en va, c’est tout simplement mauvais pour le service public. »
De plus, elle affirme avoir perçu une évolution au niveau des tâches données aux contractuels, les vacataires seraient passés du statut de simple renfort, à de véritables employés, souvent autonomes. « Certains vacataires ont parfois même des compétences très riches, parlent plusieurs langues, et sont payés au SMIC voire moins, et même pas à plein temps, je trouve ça gênant. »
 

La précarité, une philosophie ? 


Si les hommes et les femmes qui se massent devant les tables semblent majoritairement jeunes sous leur masque, ils n’en sont pas moins determinés à faire valoir leurs droits. Leur emploi, difficile, les met souvent en contact avec le public, ce qui, en période de pandémie, présente des risques. 

La directrice questionnée sur cette politique de travail aurait affirmé qu’il s’agissait d’« une philosophie de l’établissement ». Le fonctionnement repose sur la généralisation des contrats courts ne découlerait donc pas d'une consigne du ministère de la Culture. 

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Cette « philosophie contractuelle » serait la conséquence d’une vision du travail des vacataires comme un job étudiant. Un « à-côté » qui ne serait pas fondamentalement nécessaire au travailleur. « On ne trouve pas ça très cohérent avec le fait qu’on nous demande d’être en master pour faire l’accueil par exemple », souligne Maxime. 

Ce profil d’étudiant existait sûrement lorsque ce fonctionnement a été mis en place : il ne colle plus vraiment avec la sociologie des employés en l’état. Ainsi, les contractuels engagés en rangement restent assez jeunes, quand ceux qui assurent le travail d’accueil approchent le plus souvent de la trentaine. 
 

Malaise dans la culture 


De manière plus générale, cette grève mettait en lumière les tensions au sein de la BPI. Les grévistes souhaitent autant s’adresser aux publics qu’à tous les autres précaires de la culture, dans d’autres bibliothèques et musées, afin de lancer une dynamique.

Grève à la BPI
L'écharpée belle de Danielle Simonnet et Michel Larive

 
La mobilisation n’est d’ailleurs pas passée inaperçue : le député France insoumise Michel Larive et la conseillère de Paris Danielle Simonnet on fait le déplacement. Pancarte jaune autour du cou des uns et écharpes tricolores pour les épaules, c’est une discussion inscrite dans une perspective politique qui s’engage. 

Pour le député, cette situation est représentative d’un problème plus large, qui toucherait l'ensemble du secteur de la culture. « Si on en arrive au point où la direction d’un service public nous dit entre les lignes “ma philosophie c’est la précarité”, c’est qu’il y a un problème tout de même. »


Crédit photo : ActuaLitté - Grève à la BPI 


Commentaires
« « Si on en arrive au point où la direction d’un service public nous dit entre les lignes “ma philosophie c’est la précarité”, c’est qu’il y a un problème tout de même. »

C'est normal, non ? On précarise le métier d'auteur volontairement. Il parait normal que par solidarité, tous les acteurs de la chaîne du livre nous rejoigne dans la précarisation.
jajaja les bibliothèques un maillon de la chaîne des livres? non, les livres un maillon de la chaîne de la culture, dont les bibliothèques sont le vecteur publique le plus important.
Pour commenter le commentaire nous ne faisons que constater une fois de plus dans le cas présent, le grand mouvement de précarisation général du travail dans notre système de société. Pendant que la plupart des personnes en pâtissent d’autres en profitent, les pauvres sont au service dès riches, c’est le principe, alors stop ou encore? à vous de voir, pensez-y quand vous passez une commande chez Amazon (pour enrichir M.Bezos) au lieu d’aider vos libraires de quartier.
Toujours autant des buses à la direction de la Bpi
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