Pierre Assouline taille un costard au défunt Michel Polac

Clément Solym - 10.08.2012

Edition - Société - Michel Polac - Pierre Assouline - Critique


L'éditorialiste du Monde des Livres rend hommage sur son blog à « l'amère réussite d'un écrivain raté ».

 

Hearse

(auteur : Burwash Calligrapher)

 

«Des émissions [...] qui ont compté [...] et qui ont modifié, voire bouleversé, notre perception de la culture [...] ». « [...] un critique d'influence». « De ceux qui pouvaient véritablement lancer un livre auprès d'un grand public dont il avait l'oreille ». Le billet de Pierre Assouline, empreint d'une manifeste émotion, rend dans sa première partie un émouvant hommage à l'agitateur génial récemment décédé, Michel Polac (notre actualitté).

 

Au fur et à mesure des lignes, cependant, la plume semble glisser vers des eaux moins élogieuses, virant presque à la critique de l'homme trépassé. Ainsi : « Ce Narcisse à l'inépuisable vanité se flattait d'avoir le dégoût très sûr [...]. On aura compris que la réussite de l'agitateur cathodique se dressait sur les ruines de l'écrivain raté ». Avant de revenir vers la demie teinte : « De son vivant il restait déjà rien de sa vingtaine de livres [...] En revanche, la télévision serait bien inspirée de montrer quelqu'uns de ses films.» Et la chute du billet est rude : « Tardieu avait réussi là où Polac avait échoué : être un grand sur les ondes et dans ses livres. »

 

S'il est, dit-on, inconvenant de tirer sur l'ambulance, a fortiori sur le corbillard. Certes la spécialité de Pierre Assouline est le livre et, le billet d'hommage à Michel Polac ne pouvait légitimement tourner autour d'un autre thème. Ni contenir une prose hypocritement dithyrambique, connaissant la liberté de ton de l'auteur. A moins qu'il ne s'agisse davantage d'un ultime hommage à « l'esprit de contradicition [et du] tropisme pour la provocation » du co-créateur du Masque et de la plume.

 

Reste que l'émotion éprouvée à la lecture de ce billet, tout en fausse polémique mais vraie retenue, ne parvient à dissiper le malaise qu'il suscite. Laissons un peu de temps aux morts avant de leur tirer dessus...