Pierre Ballester condamné à payer 20 000 € au rugbyman Philippe Sella

Joséphine Leroy - 14.06.2016

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Dans Rugby à charges (éd. La Martinière), le journaliste Pierre Ballester rapportait les propos du docteur Jacques Mombet, médecin de l’équipe de France dans les années 1980. Le médecin laissait  à penser que l’ancien international agenais Philippe Sella se droguait aux amphétamines (« à titre exceptionnel ») lors de matches internationaux. Le tribunal a condamné le journaliste et sa maison d’édition à 20.000 € de dommages-intérêts et 3 000 € de frais de justice.   

 

 

Rugby à charges, l’enquête-choc, le livre de Pierre Bellaster publié le 5 mars 2015, vérifie les rumeurs de dopage dans le milieu du rugby des années 1980. Le livre a suscité la polémique et l’ancien trois quarts centre international Philippe Sella, cité par le médecin Jacques Mombet, avait attaqué en justice le journaliste pour diffamation. Ce dernier vient d’être condamné, ce lundi 13 juin, à verser 20.000 € de dommages-intérêts et 3000 € de frais de justice. 

 

En première instance, fin 2015, le tribunal correctionnel d’Agen avait retenu la nullité de la procédure sous motif que le joueur retenait en guise de preuve une citation intégrale de la page du livre, au lieu du seul passage qui le concerne. Lors de l’audience, Philippe Sella (désormais directeur sportif du SU Agen) affirmait s’être « senti sali par ce qui a été écrit » promettant n’avoir « jamais eu besoin de quoi que ce soit pour atteindre le haut niveau ». 

 

La défense — Pierre Ballester et son avocat Thibault de Montbrial — a fait valoir que le journaliste avait suivi scrupuleusement la loi. En estimant « respecter à la lettre toutes les exigences de la loi sur la presse », la défense ajoute que le journaliste n’a fait que retranscrire « des propos tenus par le docteur (Jacques) Mombet ».

 

Mais la requête en nullité avait été annulée ce 9 mai. Jean-Pierre Rives, autre ex-international français, avait réussi à obtenir au mois de novembre 2015 la condamnation du journaliste au versement d’un euro symbolique pour diffamation. 

 

Dans le livre, le médecin affirme que le dopage était courant dans les années 1980 : « Comme c’était généralisé, je l’ai vu également en équipe de France. Ils avaient chacun leur pilule devant leur assiette lors du repas d’avant match. C’était comme ça à tous les matchs. » Il va plus loin : selon lui, les joueurs « étaient libres d’en prendre ou pas ». 

 

Le journaliste cherche alors à obtenir des noms de joueurs spécifiquement concernés par le dopage : « Même les Blanco, Sella, Berbizier ? », interroge-t-il. « Non, pas eux. Ou alors c’était très exceptionnel », répond le médecin, avant de revenir sur un épisode particulier, le « match où ça s’est vu le plus », à savoir le match France — Nouvelle-Zélande de 1986. 

 

France — Nouvelle-Zélande, 1986 

 

Le médecin s’est penché plus en avant sur le match opposant la France à la Nouvelle-Zélande en 1986, à Nantes. Le XV de France avait l’avait alors magistralement emporté contre les All Blacks (16-3). Les Français, frustrés par la défaite de la semaine précédente, avaient alors décidé de se venger. Jusque là, rien d’anormal, la compétition étant le propre du sport. Mais les conditions de cette vengeance ont semé le doute sur l’honnêteté des joueurs français : « Les Blacks se sont rendu compte que leurs adversaires, méconnaissables par rapport à la semaine précédente, étaient chargés ». Autrement dit « dopés » par les amphétamines, comme le laisse entendre le médecin. 

 

Les All Blacks ont alors traduit l’affaire devant les instances de rugby : « Ils ont porté discrètement l’affaire devant le Board [InternationalRugby Board, IRB], qui a averti le ministère des Sports, lequel a mis au courant la fédération [française]. Je crois que c’est ensuite que l’interdiction des amphétamines a été activée dans le rugby », note-t-il. 

 

Secret de polichinelle, les instances du rugby étaient, bien entendu, au courant de l’utilisation des amphétamines par les joueurs : « À l’époque, on n’avait pas la même approche que maintenant. Et puis la confiance, ça voulait dire aussi fermer les yeux », raconte-t-il. 

 

Des pratiques qui n’ont pas complètement disparu aujourd’hui, selon le journaliste Pierre Bellaster : « Entre une surveillance et des contrôles qui débouchent au mieux sur des soupçons, entre des molécules connues, mais indétectables, d’autres, inconnues, qui arrivent sur le marché, le juteux business qui en découle, des pays qui n’ont pas de réglementation ou, si peu, la lutte antidopage se casse les dents sur un mur », écrit-il dans son enquête.  

 

Pierre Bellaster est le coauteur, avec David Walsh, de LA Confidentiel, une enquête sur le dopage dans le cyclisme qui avait révélé lors de sa sortie que Lance Armstrong se dopait, dix avant que le cycliste mondialement reconnu ne confesse son péché. Pour ne pas se trouver « sali » devant une Cour, il suffit d’être à jeun. 

 

(via Sud Ouest et Rugbyrama)