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Pierre Combescot, lauréat 1991 du prix Goncourt, est mort

Bouder Robin - 29.06.2017

Edition - Société - mort pierre combescot - goncourt pierre combescot - les filles du calvaire


L'écrivain et journaliste Pierre Combescot est décédé chez lui ce mardi 27 juin à l'âge de 77 ans, comme l'a annoncé son éditeur. Celui qui avait pris le pseudonyme de Luc Décygnes pour tenir des chroniques artistiques dans le Canard enchaîné avait remporté le prix Goncourt en 1991.

 

Les Filles du Calvaire (1991), Pierre Combescot, Grasset



Fantasque, pessimiste et honnête : Pierre Combescot était bien des choses et ne se lassait pas de le faire savoir. Né en 1940 à Limoges d'un homme d'affaires qu'il « détestait » et d'une fille d'acteur qui nourrira son amour pour les arts, Combescot vivra une enfance tourmentée par la guerre, mais faite de rencontres passionnantes : ainsi, Stefan Zweig lui aurait donné ses premiers bonbons.

 

C'est en 1974 qu'il écrira son premier roman, Louis II de Bavière (Lattès), point de départ d'une succession de succès dont il ne se targuera cependant jamais. Après tout, il aimait à dire qu'il était devenu romancier par désespoir « de ne pas être devenu autre chose ». Car ce qui l'animait réellement, c'était la danse, découverte auprès de sa mère, et qu'il côtoiera en devenant critique de ballet et d'opéra pour le Canard enchaîné, sous l'amusant pseudonyme de Luc Décygnes.

 

Pierre Combescot remportera le prix Médicis en 1986 pour Les Funérailles de la Sardine (Grasset) et le prix Goncourt pour Les Filles du Calvaire (Grasset) en 1991, mettant toujours en scène des personnages loufoques et en marge de la société, souvent inspirés de ses voisins ou des passants  ; une pratique qu'il appelait « jouer les concierges ».
 

De manière générale, si son talent était reconnu par ses pairs, ses activités originales faisaient également parler : il accordait volontiers le statut de personne à son chien qu'il vouvoyait et s'intéressait énormément aux grands criminels de l'histoire, lui qui se disait partisan de Machiavel et prétendait « ne pas croire en Dieu mais au Diable ».  L'auteur écrivait ainsi pour répondre à la grande question qui le tourmentera durant son existence : trouver « par où entre le péché mortel ».


Dans un communiqué, Françoise Nyssen lui a rendu hommage : 
 

Romancier et chroniqueur de talent, Pierre Combescot avait débuté sa carrière d’écrivain comme biographe, en s’intéressant à Louis II de Bavière, exprimant ainsi une grande connaissance et une profonde passion pour la culture germanique. 

Le romancier se fait connaître avec Les Funérailles de la Sardine, qui lui vaut le prix Médicis en 1986. Il obtient le Prix Goncourt et le Prix Goncourt des Lycéens en 1992 pour Les Filles du Calvaire. Sous le pseudonyme de Luc Décygnes, Pierre Combescot tiendra aussi longtemps une chronique consacrée à la danse, sa passion, dans Le Canard Enchainé et dans Paris-Match.

Homme de lettres, de culture et d’esprit – fin connaisseur de Machiavel, doté d’un humour acéré, brillant par sa capacité à croquer des personnages avec férocité et réalisme – Pierre Combescot a vu son œuvre reconnue et célébrée au fil d'une dizaine de publications.

 

Dans ses livres, peintures de la condition humaine dans son réalisme le plus effrayant, pas de bons sentiments ni de personnages heureux, le bonheur étant une notion qui n'avait d'ailleurs aucun sens pour lui, selon son ami écrivain Hector Bianciotti. Juste « le délicat de l'horreur », comme l'expliquait Combescot, anticonformiste jusque dans son dernier roman, Pour mon plaisir et ma délectation charnelle (Grasset, 2009), récit romancé du parcours du criminel Gilles de Rais.

 

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On le disait aussi ami fidèle, porteur d'une attention toute particulière envers ses proches ; parmi eux, Bianciotti, dont il s'occupa jusqu'au décès de ce dernier. Combescot s'est éteint à son tour ce 27 juin mais laissera certainement dans l'esprit des lecteurs le souvenir d'œuvres profondes et touchantes, lui qui se définissait volontiers comme « un romancier du ressentiment ».

 

Pierre Combescot – Les Filles du Calvaire – Éditions Grasset – Coll. Cahiers Rouges – 9782246435426 – 13.80€