“Pierres tombales” et femmes illustres : quel “ban” au Panthéon ?

Nicolas Gary - 03.09.2019

Edition - Société - Panthéon aménagement - Anne Hidalgo - Florence Berthout


En octobre 2018, la maire de Paris, Anne Hidalgo avait inauguré l’aménagement urbain autour du Panthéon. Sous l’œil perplexe de la statue de Corneille, des bancs de bois et de pierre avaient fleuri, en lieu et place des parkings qu’on y trouvait. Pour Anne Hidalgo, c’était là un lieu de vie qui se dessinait…

Les bancs du Panthéon
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

En réutilisant des morceaux de trottoirs en pierre pour les installer autour du Panthéon, la mairie de Paris avait à l’esprit de pratique un recyclage commode. Depuis juillet 2017 que les installations avaient fleuri, les blocs de granit n’avaient pas fait que des heureux. Le réaménagement décidé par Anne Hildalgo pour le Ve arrondissement devait rendre la place plus vivante et conviviale.
 

Ô banc, suspends ton vol...


Déjà, à l’époque, la métamorphose aux alentours du Panthéon interrogeait riverains et passants : des bancs de pierre que certains comparaient à des « pierres tombales » et ceux en bois dont on déplorait le matériau bas de gamme.
 


On avait presque pris l’habitude de voir ces installations dans le paysage — au moins avaient-elles permis d’accueillir la pause déjeuner plus agréablement qu’au milieu des voitures. Et puis, à la fin de l’été, Anne Hidalgo revenait sur cette place, pour saluer l’œuvre de l’artiste Claire Courdavault. 
 

Un hommage aux femmes historiques


Lui avait été confiée la tâche de graver dans le bois les noms de « 200 femmes célèbres, méconnues ou invisibilisées dans l’Histoire », indiquait la Maire. Dans le cadre du projet de la Mairie de réaménager sept places des Paris, une touche finale était apportée au Panthéon.
 


En faisait appel au collectif Les MonumentalEs, la mairie entendait en effet travailler à une restauration de la visibilité des femmes sur la place du Panthéon. L’entrée de Simone Veil n’était pas étrangère au calendrier, et durant le mois de juillet, Claire Courdavault accompagnée de Lucie LaLuz, Alice Delarue et de Sara Renaud sont sont appliquées à graver ces 200 noms, choisis par un comité scientifique. 

Des « tatoueuses de bois », qui rendait ainsi hommage à Sylvia Plath (poétesse et romancière américaine), la chanteuse Janis Joplin, l’autrice George Sand ou encore Nathalie Magnan (théoricienne activiste des médias), l’écrivaine Suzanne Césaire, la poètesse grecque Sappho ou Monique Wittig, romancière et théoricienne américaine… et bien d’autres. 

Considérant que « le design a un impact sur l’appropriation de la ville », l’équipe Genre et Ville qui a pris part à l’ensemble des réflexions donnait le ton. Les MonumentalEs, elles, évoquaient « [p]our la première fois au Monde, un femmage massif et pérenne se dessine place du Panthéon pour célébrer les femmes du monde entier ». 
 

Exercice de démocratie indirect


 Contactée par ActuaLitté, Florence Berthout, maire du Ve arrondissement déplore une fois de plus « le choix unilatéral par la mairie et le cabinet » du mobilier, non conforme « à l’image qu’on se fait d’une place historique et protégée ». Que le visage de la place évolue est une évidence — et la suppression des places de parking pouvait s’entendre. 

« Toutefois, la mairie du Ve et les riverains devaient être associés, ce qui n’a pas été le cas. Même les Architectes des Bâtiments de France n’ont pas été consultés. Ce n’est pas un exemple de la réalité d’une démocratie locale », poursuit-elle.

Les bancs du Panthéon
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Quant à l’hommage rendu à ces femmes illustres, la maire du Ve ne remet pas en cause le travail des artistes ni des collectifs. « Cependant, pratiquer la pyrogravure sur des bancs, pour une énième opération de communication et de publicité pour Madame Hidalgo, c’est hors de propos. »
 
Et d’ajouter : « Que l’on rende hommage à des femmes illustres, j’y suis pleinement favorable, mais cela ne passe pas par des bancs inesthétiques. Nous devrions plutôt nous battre pour qu’elles entrent au Panthéon, plutôt que de rester à sa périphérie. Mais également se battre pour celles qui aujourd’hui ont le plus besoin de visibilité médiatique, ces femmes qui souffrent et sont menacées par la violence d’un conjoint. »

Si l’on se réjouit donc, modérément, de ces 200 noms gravés dans le bois — mais toutefois pas dans le marbre —, Florence Berthout estime « que la cause des femmes ne passe pas par un traitement un peu dérisoire. Est-ce vraiment ce qu’attendraient ces femmes, que de voir leur nom apposé sur des bancs » ?

Quand on évoque les transformations de l’espace public, « il faut une vision, pas une posture politique. Cet espace en partage n’est pas le lieu de l’expression égotique de tel ou tel. Des assises, de la végétalisation, oui, avec plaisir, mais à la première condition que cela se fasse dans le respect de l’avis collectif, et dans une continuité historique. Tout le contraire de ce qui se passe ici. »


Commentaires
Clin d’œil…

Puisque je dispose d’un peu de temps, je vous livre un petit jeu inspiré par votre article.

D’emblée, je tiens à préciser que j’ai vouée toute ma vie professionnelle aux femmes et que je poursuis avec mes livres. Cependant je ne tombe pas dans les excès.

Autant vous le dire, j’ai éclaté de rire devant le mot femmage à la place d’hommage… Alors, je me suis livrée à quelques recherches… Croquignolettes.

S’il ne s’agit plus de l’espèce humaine, mais de sexe, les hominoïdes devront devenir des femminoïdes quand il s’agira de femmes… idem pour les hommovores transformés en femmovores.

Il va falloir aussi renommer Jessica Houara-d'Hommeaux, footballeuse internationale française et l’appeler Jessica Femmeaux…

Et puis je suis tombée sur le mot « hommeaux ». Ah mes amis, quelle surprise ! Un hommeau est un petit homme. Et non pas un homo… le meilleur reste à venir. Lisez ceci : « […]mais d’un seul hommeau, et le plus souvent le plus lâche et femelin de la nation ; […]. — (Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1549).

Sans parler du malheureux La Fontaine qui, le cas échéant, devrait écrire « la bonne femmeau se consola » au lieu de Le bon hommeau des coups se consola.

Quant à l’homéopathie, lorsqu’elle soigne une femme, il faut l’appeler femmeopathie… Hommées, les mammifères, seront les femmées pour la femelle.

Chères amies agricultrices, si vous avez beaucoup travaillédans vos champs aujourd’hui, n’allez surtout pas vous vanter d’avoir réalisée une hommée, que nenni, mais une femmée…

Voici cependant de l’eau pour le moulin des suffragettes enragées. Plus haut, vous venez de lire le mot fémelin. Lequel signifie «"Faible, efféminé". Et là, vous avez raison les filles nous ne sommes plus faibles… sauf quand nous devenons sottes !
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