Piquet de grève dans les entrepôts d'Amazon France

Nicolas Gary - 20.12.2014

Edition - Economie - greve entrepôts - Amazon France - CGT salaires


Voilà deux mois, c'était en Allemagne, le premier pays européen à avoir dénoncé les méthodes de travail du géant américain. Amazon, figure souriante, avec un logo chaleureux. Alors que cette semaine, un nouveau débrayage de trois jours a été déclenché, une grève est également lancée en France. 

 

 

 

À quelques encablures de Noël, la CGT annonce que le préavis de grève est déposé, pour ce lundi 22 décembre. Le délégué central du syndicat, Sébastien Boissonnet, explique que les salariés méritent « des salaires décents et de bonnes conditions de travail », ce qui ne serait pas le cas à l'heure actuelle, donc. L'appel au débrayage interviendra sur les sites de Lauwin-Planque (Nord), Saran (Loiret), Sevrey (Saône-et-Loire) et Montélimar (Drôme).

 

À l'AFP, le représentant syndical affirme : « Nous avons appelé à la grève d'une part sur les salaires et d'autre part sur la durée de la pause (...) nous allons essayer d'avoir une bonne mobilisation. » Il assure également que la démarche n'a pas pour but d'empêcher la livraison, ni de bloquer le ballet des camions, mais de faire entendre les revendications des employés, et leur assurer un minimum dans les conditions de travail. 

 

Le mouvement n'est pas parti de rien. En Allemagne, le syndicat Verdi, outre-Rhin, tente de défendre les 9000 salariés qu'emploie la firme de Jeff Bezos, et a déclenché une autre grève, voilà trois jours, dans les centres de distributions de Bad Hersfeld, Leipzig et Graben

 

Négociations sur les durée de pause et les salaires

 

Le syndicat n'accepte pas que les primes exceptionnelles, versées par la direction allemande, tentent de cacher (ou d'acheter) les revendications portées. Le syndicat réclame en effet une revalorisation des salaires, ainsi qu'une révision des conditions de travail. Bien entendu, Amazon garantit qu'il n'y aura pas de retards dans les livraisons de colis, alors que Noël est très proche, et que les commandes connaissent une frénétique augmentation en cette période. 

 

De son côté, la firme estime que les salaires sont exactement ceux qui doivent être versés pour les salariés du secteur logistique – là où le syndicat Verdi réclame une convention, axée sur la branche distribution et service de vente au détail. Or, ce mouvement social en Allemagne a eu des répercussions sur l'activité en France, qui a servi à compenser la grève allemande. 

 

En France, Sébastien Boissonnet assure que la CGT est le syndicat majoritaire au sein d'Amazon, avec 40 % de représentativité, mais dans certains sites du Nord, il sera peut-être plus difficile que le mouvement soit suivi. La mobilisation reste essentielle, confie-t-il, pour que le message porte. Parmi les revendications, une « prime d'équipe mensuelle de 100 euros bruts » ou encore « une négociation sur la durée de la pause, pour le respect de la santé des salariés ».

 

 

 

« Les salariés sont en désaccord avec la politique sociale de leur employeur et les concessions inacceptables qui leur sont demandées depuis la fin des négociations annuelles obligatoires », souligne le syndicat.

 

Et de demander que la direction France accepte « d'ouvrir des négociations sur le dossier des conditions de travail et des salaires ». Au cours du mois de décembre, près de 300 camions font des allers-retours dans les centres de distribution, pour approvisionner les clients. En juin 2013, une grève déclenchée à Saran n'avait abouti qu'à 11 % de grévistes. Quant au centre de Lauwin-Planque, Amazon a prévu de recruter 2500 emplois intérimaires pour la période de Noël.

 

Le dimanche, un jour comme les autres chez AMZ

 

Le débrayage est d'autant plus réactif, qu'il intervient quelques jours après le passage de Romain Voog, grand patron d'Amazon France, sur l'antenne de BFM. Ce dernier évoquait notamment le travail dominical – quelques jours après l'intervention d'Arnaud Nourry, qui revenait sur le conflit avec Amazon, aux États-Unis. 

 

Selon Romain Voog, Amazon n'avait pas particulièrement de commandes le dimanche, alors que l'argument est souvent employé pour favoriser l'ouverture des magasins le dimanche. Alexandre Bompard, PDG de Fnac, avait d'ailleurs assuré que 25 % du chiffre d'affaires d'Amazon se faisait durant la journée du dimanche, de même qu'Aurélie Filippetti, alors ministre de la Culture. « Je ne sais pas d'où vient ce chiffre, nous n'avons jamais communiqué une telle statistique », répond Romain Voog. 

 

De fait, Amazon ne communique pas du tout sur ces chiffres, ce qui ne les empêche pas d'être réalistes. Mais le patron d'Amazon France estime que la journée du dimanche est un jour de commandes comme les autres. « Il y a des pics en soirée, il y a des pics le midi, bien plus importants qu'un quelconque pic le dimanche. Ce n'est pas du tout le plus gros jour de la semaine. » 

 

De fait, le dimanche, les internautes seraient plutôt à la recherche d'information sur les produits – et l'ouverture au travail dominical n'introduirait alors aucune inquiétude pour le géant américain. « Il faut donner aux clients la possibilité de se renseigner sur les produits. Plus on leur donnera envie d'acheter, plus ils vont acheter », considère-t-il. 

 

 

 

Du côté allemand, le conflit avec le géant attaque sa deuxième année, et la grève se poursuivrait jusqu'au 24 décembre inclus. Au cours de la journée de vendredi, 2400 employés ont choisi de grossir les rangs des grévistes. En France, les négociations porteront plus précisément sur les temps de pause, ainsi que les salaires. Selon un représentant syndical, le revenu moyen est de 1250 € net.  

 

Toutefois, la grève pourra aisément être contournée, pour l'expédition des colis. Si les centres logistiques s'avèrent réellement être pris d'assaut par les grévistes, il sera toujours possible de faire en sorte que les colis partent ailleurs, reconnaissent les syndicats. C'est ainsi que les entrepôts de France s'étaient retrouvés à supporter la grève qui avait cours en Allemagne. Raison pour laquelle la firme peut se permettre d'être optimiste, affirmant que le mouvement social n'aura aucune conséquence – ou minime. « Ça prend un peu plus de temps pour la livraison », confirment les syndicats.  

 

Grève chez Amazon, en Allemagne 

 

 

Les revendications CGT