Pirates et Jeu de rôle : fini de jouer !

Clément Solym - 28.10.2011

Edition - Justice - jeu de rôle - piratage - tablettes


Le monde du jeu de rôle est un univers que nous n'abordons pas souvent, alors que les problématiques qu'il rencontre croisent pleinement celles de l'industrie du livre, au sens le plus large du terme. Un lecteur nous a contactés, pour sensibiliser à la question du piratage, dont peuvent être victimes les éditeurs de ces ouvrages.


Parole à l'intéressé

 

 

Le jeu de rôle serait-il en train de sortir de sa niche pour qu'il se retrouve victime du piratage ? Alors que le sujet comptait parmi les grands débats soulevés durant la Foire du livre de Francfort, la question se pose aussi dans certains secteurs éditoriaux de petite envergure, et notamment dans celui du jeu de rôle.


Entendons-nous bien, il s'agit ici du jeu de rôle dit « papier », de celui qui se joue avec des crayons, des dés, et… du papier, et pas de jeu vidéo (où la question ne se pose même plus). Alors même que l'édition de JdR (abréviation de jeu de rôle vous l'aurez compris) ne s'est pas encore convertie au livre numérique en tant que tel, l'utilisation du format PDF s'est déjà bien démocratisée grâce à l'usage des tablettes.

 

 

Oui, mais voilà, on nous dit que le rôliste préfère le livre, donc faut-il s'inquiéter ? C'est la question qui anime en ce moment la communauté des éditeurs, auteurs et joueurs de jeux de rôle. En effet, depuis un peu plus d'une semaine on observe un petit buzz sur Facebook, les sites de JdR, les blogs d'auteurs et les forums sur la question du piratage.

 

Un travail bafoué, piraté, trahi

 

Si on remonte à l'origine du débat, on trouve l'édito des Ecuries d'Augias, petit éditeur qui se dit militant, dans lequel on peut lire ce qui suit :

 

« Cet investissement a un prix, celui de l'engagement des auteurs, des illustrateurs, des éditeurs. On appelle ça plus communément des « droits ». Prétendre servir le livre et le jeu de rôle en bafouant ces droits est paradoxal.

[…] nous nous insurgeons contre ceux qui voudraient nous faire croire que nous sommes devenus inutiles, que notre travail doit être bafoué, piraté, trahi. »


Passé presque inaperçu, le propos n'en a pas moins fait quelques vagues. Il faut dire qu'il y a peu de précisions quant à ce qui a motivé l'écriture de cet éditorial, si ce n'est qu'on devine une vague histoire de piratage derrière.

 

Ce n'est que sur le blog de Benoit Attinost, auteur, que les choses commencent à se dévoiler : il pointe du doigt un site en particulier qui, il faut bien le dire, utilise des arguments à la limite de la mauvaise foi caractérisée. Bon vous me direz, c'est un site de pirates, ce n'est qu'à moitié étonnant, ils le font tous non ? Alors pourquoi tout ce battage ?

 

Parce que le piratage, ça responsabilise, c'est du moins ce qu'affirme le site en question, et si les idées avancées peuvent mériter réflexion, arguer que cela ne peut que favoriser la qualité des productions de jeux de rôle papier apparaît comme déplacé. Et quand on connaît le milieu du JdR français, on ne peut que comprendre que les éditeurs se soient sentis froissés.

 

Réussite critique sur la justice ?

 

D'ailleurs, même si en surface il semble que le soufflé retombe, il se murmure qu'une action en justice pourrait voir le jour. Contactés à ce sujet, les gérants des Ecuries d'Augias nous répondent :

 

« Nous ne cherchons pas à entrer en confrontation directe avec le piratage. C'est un phénomène qui fait partie de notre époque, mais ce n'est pas tant contre ça que contre les arguments avancés qui dénigrent le travail d'édition et de création que nous réagissons. Nous pensons que deux des solutions pour réduire l'impact du piratage sont l'information et la mobilisation.

Désormais notre motivation tient moins à la défense de nos droits qu'au fait que les éditeurs doivent faire front ensemble pour dénoncer ces arguments et répondre au manifeste qui nous a offensés. Et si cela s'avère nécessaire, une action en justice n'est pas à exclure. »

 

Pour le moment donc la résistance s'organise. Il ne reste plus qu'à attendre de voir comment les choses vont évoluer.

 

Comme on dit : Wait and see…