Piss Christ : entre blasphème, intégrisme et liberté de création

Clément Solym - 24.04.2011

Edition - Justice - liberté - creation - arbitraire


La destruction de la photographie-oeuvre Piss Christ de l’artiste Andres Serrano, a fait du ramdam. Ce qu’il faut retenir, c’est que la veille de l’ouverture, près de 800 chrétiens indignés avaient manifesté pour que l’oeuvre disparaisse de l’exposition en cours à Avignon.

L’évêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz s’était vu contraint d’intervenir :
Devant le côté odieux de ce cliché qui bafoue l’image du Christ sur la croix, coeur de notre foi chrétienne, je me dois de réagir. Toute atteinte à notre foi nous blesse, devant le côté odieux de ce cliché tout croyant est atteint au plus profond de sa foi.
Devant la gravité d’un tel affront, j’ai essayé de joindre en urgence le responsable de l’exposition pour lui demander de retirer le cliché mis en cause ainsi que les clichés affichés dans la ville, je n’ai encore aucune réponse de sa part. Je me dois d’alerter publiquement les autorités de mon pays qui se targuent avec beaucoup de gesticulations de défendre une laïcité positive.
Une pétition Pour l’honneur du crucifix, s’est fait jour, recueillant plus de 89.000 signatures.

Entre-temps, le maire d’Avignon a demandé, dans le Dauphiné libéré, que l’homme d’Église formule des excuses, après la guerre ouvertement déclarée par les « catholiques traditionalistes, souvent un euphémisme pour désigner les intégristes ».

Interrogée par l’AFP, l’avocate Me Agnès Tricoire déléguée de l'Observatoire de la liberté de création, considère que les personnes à l’origine de la destruction de cette oeuvre « sont pour l'application de la charia version catholique, pour un retour à l'inquisition qui brûlait les livres. Ils veulent voir ressusciter le délit de blasphème, aboli par la troisième République ».

Liberté, j'écris ton nom... mais je sais pas où

Considérant que l’oeuvre de l’artiste a un côté blasphématoire, ils en oublient que la liberté de création est liée à la liberté d’expression, laquelle est garantie par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme. « Et la liberté de création se distingue de la liberté d'expression parce que l'art n'est pas simplement du discours », ponctue-t-elle.

Il y a donc dans cette attitude, un petit quelque chose de profondément proche de l’intolérance, et de l’arbitraire intégriste, que l’on a retrouvé voilà quelque temps dans l’affaire des caricatures de Mahomet. (notre actualitté) Et de fait, les associations se tournent de plus en plus vers les tribunaux pour résoudre ces situations - fort heureusement, l’option attentats n’est toujours pas la solution privilégiée.

Arbitraire de l'intégrisme

« Il y a un grand illogisme de la censure, avec beaucoup d'arbitraires », ajoute Me Tricoire, qui n’oublie cependant pas de noter que la liberté d’expression possède elle-même ses propres limites. « Il est important aussi d'identifier les critères d'une fiction. Si on ajoute roman sur la couverture d'un pamphlet antisémite, cela n'exonère pas l'auteur de ses responsabilités. »

Et quand Aragon ajoutait Roman, à Anicet ou le panorama, c’était simplement pour emm*rder André Breton, ou revendiquer une liberté de fiction ?