"Placer la librairie au coeur de nos politiques" (Vincent Monadé, CNL)

Nicolas Gary - 28.01.2014

Edition - Société - Centre national du livre - Vincent Monadé - Paul Eluard


Hier soir, le Centre national du livre accueillait le gotha de l'industrie du livre - les quelques absents, remarqués, avaient un mot d'excuse. Le président de l'établissement, Vincent Monadé, présentait ses voeux à la profession, à chacun, « auteurs, traducteurs, éditeurs, organisateurs de manifestations, bibliothécaires, libraires », tous animés par une mission, « servir le livre ».

 

 

Vincent Monadé, président du Centre national du livre

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Faisant le pari que la crise économique « est, pour l'essentiel, derrière nous », c'est grâce aux « filets nécessaires », que l'interprofession a su mettre en place que l'édition s'en sort. Or, le véritable danger se retrouve ailleurs, « la disparition, progressive, mais inexorable, des grands lecteurs et, au-delà, de la lecture elle-même ». Un constat que l'on retrouve depuis une vingtaine d'années, note-t-il. 

 

"la librairie au coeur de nos politiques"

 

Et pour y remédier, il faut « placer la librairie au coeur de nos politiques », lieu marchand par excellence, où tous se retrouvent. Y compris ceux qui « ont une fille à séduire. De mon temps, on séduisait les filles avec des livres », note-t-il avec malice. Avec les 6 millions € que l'on consacre aux établissements annuellement, le président évoque les contrats territoriaux qui seront signés avec les DRAC et les Régions. Et loin d'être « un grand cadavre à la renverse », la librairie « avance, elle invente et se réinvente ». 

Le client n'est pas un militant ; s'il choisit la librairie, ce dont nous devons d'abord le remercier, c'est bien parce que le service rendu y est meilleur que celui qu'il trouve sur Internet.

 

L'idéé d'une campagne nationale, rappelant «  la qualité, et la diversité, de ses services » pourrait germer au cours de cette année 20114. 

 

Les projets numériques

 

Mais aux côtés du libraire, on retrouve les éditeurs, papier ou pure players. Et à ce titre, l'un des grands enjeux de cette année tournera autour des projets numériques  

 

J'assume donc pleinement le rôle que jouera le CNL aux côtés des éditeurs dans la numérisation du registre des livres indisponibles, autrement dit ReLire. Nous avons trouvé, sur ce sujet, le bon modèle économique. J'espère que le projet démarrera en 2014. Pour ce qui nous concerne, nous sommes prêts.

 

 

Sur ce point, rappelons que le Conseil constitutionnel doit trancher sur la Question Prioritaire de Constitutionnalité, et le rendez-vous est pris pour le 11 février. 

 

L'autre pan de ce développement passera par « une aide du CNL à l'édition de nouveautés nativement numériques ». A ce titre, le Centre a déjà présenté, en novembre dernier, un fonds d'aide à la création numérique, pour l'élaboration d'un catalogue en littérature jeunesse qui se développe dans ce domaine.

 

À condition que ces « éditeurs respectent le code des usages, proposent un contrat d'édition clair et vérifiable et diffusent leurs livres dans les librairies indépendantes », les aides du Centre pourraient alors se déployer aux éditeurs pure players et à leurs auteurs. 

 

Auteurs, lecture publique, manifestations littéraires

 

Les auteurs se tourneront vers la SGDL : une convention nouvelle va être signée, pour renforcer les liens entre les deux organismes. Le Centre est dédié depuis 1946 à  l'aide sociale des auteurs. « Et pourquoi ne pas aller plus loin ensemble en matière d'aide juridique, d'information aux auteurs, de veille sur le droit d'auteur… » propose-t-il.

 

Le dernier pan des projets du président sera celui de l'éducation artistique, grand projet de la ministre de la Culture. L'idée est de faire intervenir les auteurs, « au coeur des territoires », tout en étant rémunéré. Favoriser les rencontres entre les auteurs et les lecteurs, développer les échanges, les lectures sont autant de projets qui verront le jour. Et pourquoi ne pas relancer l'une des activités du Centre, qui « a longtemps initié des manifestations nationales ». Mais qui ne le fait plus, regrette le président. 

 

Bien entendu, c'est aussi au travers de la lecture publique que cela pourra se faire, et rejoignant les engagements d'Aurélie Filippetti, les actions innovantes liées aux bibliothèques seront pleinement soutenues. La ministre, à l'occasion de ses voeux, avait affirmé que 2014 sera l'année des bibliothèques, avec notamment l'instauration d' « un véritable service public numérique de proximité ».

 

C'est en citant Eluard, que le président conclura son discours : 

 dans le Château des Pauvres, écrit : « il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur, et rien d'autre. » Je ne vois pas ce que je pourrais vous souhaiter de mieux.

 

Le discours est à retrouver à cette adresse