Plagiat d'Arash Derambarsh : thèse de doctorat ou “assemblage de textes” ?

Nicolas Gary - 29.07.2020

Edition - Justice - Arash Derambarsh plagiat - thèse doctorat avocat - Cherche midi éditeur


L’affaire agite le milieu universitaire, avec des rebondissements un peu partout : accusé d’avoir produit un doctorat qui relèverait du copier-coller, Arash Derambarsh se retrouverait privé de son diplôme. C’est par ce dernier qu’il avait accédé au titre d’avocat, suite à une décision de La Sorbonne le 21 juillet dernier. 



Le Monde pointe la défaillance au sein de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne : la section disciplinaire vient en effet d’annuler l’épreuve de soutenance de thèse, avec par conséquent la suppression du doctorat en droit qui en découlait. Pour les autorités, la preuve de la contrefaçon est faite, et plus encore, se double d’un « fait aggravant » : le déni dans lequel se trouve le candidat.
 

92 % de copier-coller


L’instance disciplinaire n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Depuis son introduction (…) jusqu’à sa conclusion (…), en passant par ses notes, ses annexes, sa bibliographie, le manuscrit de thèse de M. Derambarsh est quasi intégralement composé d’un assemblage de textes, produits dans un contexte académique ou publiés par d’autres auteurs que lui-même, et recopiés selon un ou plusieurs des procédés plagiaires visant à faire accroire au lecteur que M. Derambarsh en est l’auteur. »

En somme, sur quelque 500 pages, 92 % relèveraient du plagiat. Or, la perte du titre de docteur et l’annulation d’une thèse restent rarissimes. Qui interrogent par conséquent la méthodologie, le jury — et les irrégularités qui semblent constatées. Comme la présence comme juré de Frédéric Lefebvre, qui a publié au Cherche Midi en 2011 — avec Arash Derambarsh comme éditeur.

De fait, depuis 2007, ce dernier collaborait non comme éditeur, mais comme directeur de collection auprès de la maison. L’ouvrage, Le mieux est l’ami du bien, avait bénéficié d’une promotion d’ailleurs surprenante, puisque proposé gratuitement par le parlementaire en version numérique — sans l’autorisation de la maison d'édition

Or, pour l’occasion, celui qui était secrétaire d’État avait puisé à de multiples sources, sans les citer – Wikipedia ou l’AFP, mais pas que : même Valérie Pécresse avait été pillée. À l’époque, son éditeur assurait que les références seraient ajoutées lors d’une réimpression. (voir Slate)

Pour revenir à cette thèse, Jean-François Hamelin, professeur de droit à l’université de Bourgogne, souligne : « Si on lit entre les lignes, on voit bien que la question d’un jury de complaisance se pose. »
 

Les chemins pour s'en sortir


Mais cette thèse découle également d’une situation plus large : en effet, l’intéressé aurait, par deux fois, manqué l’examen qui lui aurait permis d’intégrer des écoles d’avocat. Pour accéder au titre, seules la démonstration d’une expérience professionnelle ou la publication d’une thèse de doctorat restaient. 

Et, début février, Le Point indiquait que la fameuse thèse bénéficiait de protections particulièrement lourdes : elle ne pouvait pas être rendue publique avant le 23 mars 2047. Étonnant. L'avocat balayait les critiques en évoquant des « boules puantes » à quelques semaines des élections, soit. 

Quant aux expériences de juristes, avaient été invoquées celles, de huit années, pour les éditions Robert Laffont et par la suite au Cherche Midi. « Il s’avère que M. Derambarsh ne rapporte pas avec suffisamment de certitude la preuve que les fonctions qu’il a exercées et exerce toujours au sein des deux maisons d’édition dont il se prévaut puissent être analysées comme étant celles de juriste d’entreprise », indiquait en mai 2014 la cour d’appel.

De fait, il nous est confirmé qu’Arash Derambarsh « n’a jamais été juriste pour le Cherche Midi ». Nous ne sommes pas parvenus à joindre Robert Laffont pour avoir leur point de vue. La thèse devenait donc l’unique solution pour celui qui est élu à Courbevoie depuis 2014. Manifestement, avec quelques raccourcis pour y parvenir.

« Il n’y a pas de plagiat dans cette thèse, à aucun moment je ne récupère une idée de quelqu’un d’autre. Par contre, c’est vrai, il y a un problème de forme, les citations ne sont pas mises au bon endroit », rétorque l’accusé. Et de rejeter la faute sur la Sorbonne, « complice puisqu’elle a validé toutes les étapes de ma thèse ». Le conseil de l’ordre des avocats ne l’ayant toujours pas convoqué, il est toujours en mesure d’exercer, et devait faire appel de la décision.


crédit photo : Cyrusatory, CC BY SA 4.0


Commentaires
"Sur 500 pages, 92% serait du copier-coller. Soit 460 pages de citations pour 40 pages de texte original. C'est vrai qu'avec autant de citations, difficile de les placer au bon endroit. 40 pages seulement, ça s'appelle écrire à l'Arash."



LOL LOL joli !!
2047 ? C'est Blade Runner 2049 moins 2 ! Il conviendrait de mettre ce volume sous capsule cryogénique et de l'expédier dans un bunker au Spitzberg.
« Il n’y a pas de plagiat dans cette thèse, à aucun moment je ne récupère une idée de quelqu’un d’autre. Par contre, c’est vrai, il y a un problème de forme, les citations ne sont pas mises au bon endroit »



Sur 500 pages, 92% serait du copier-coller. Soit 460 pages de citations pour 40 pages de texte original. C'est vrai qu'avec autant de citations, difficile de les placer au bon endroit. 40 pages seulement, ça s'appelle écrire à l'Arash.
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