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Plagiat d'un 'truc' pris sur Internet : 'Il n'y a pas de droit encore pour ça'

Clément Solym - 02.03.2012

Edition - Justice - plagiat - Fayard - internet


Le monde de l'imprimé est toujours assez prompt à faire respecter tout texte, mais n'aurait pas encore pris conscience qu'internet pouvait également être soumis à de pareilles règles de protection du droit d'auteur. C'est ainsi qu'Acrimed vient de prendre « en flagrant délit de plagiat » Françoise Laborde et Denise Bombardier, coauteure de Ne vous taisez plus, paru en octobre 2011 chez Fayard.

 

En effet, Acrimed qui s'est coltiné l'ouvrage, explique que dans l'essai des deux femmes, on retrouverait de façon plutôt évidente des passages, voire des morceaux d'un article publié sur Slate.fr en juin 2011, et reproduit assez clairement dans le fameux ouvrage de 80 pages. 

 

Denise Bombardier avait été contactée fin février par les journalistes du Journal de Québec, et que l'on peut retrouver sur YouTube.

 

 

Acrimed reproduit l'entretien, et l'on découvrira avec un certain étonnement ce que Denise Bombardier rétorque. Denise Bombardier explique en effet qu'une plainte oppose le journal à la maison d'édition. « Mais là ils poursuivent pour plagiat… Ils poursuivent Fayard, finalement, pour dire qu'il y a un truc qu'elle a pris sur Internet. »

 

Et d'ajouter : « C'est comme ça, si j'ai bien compris, chez Fayard, c'est ça qu'ils m'ont dit. Ils considèrent qu'il n'y a pas de plagiat, parce qu'il n'y a pas de droit encore pour ça sur les affaires de blog et de sites comme ça. » 

 

Effrayant, à plus d'un titre, puisque la coauteure estime n'être pas inculpée dans cette histoire et que l'histoire ne concerne que son éditeur, finalement. Nous avons contacté la maison d'édition, qui pour l'heure n'était pas disponible pour faire de commentaire sur ces déclarations épatantes !

 

 

 

 

Dans l'article de Slate.fr

L'attitude française, elle, est en partie liée à une tradition intellectuelle qu'a examinée l'historienne de Princeton Joan Scott. Celle-ci soulignait récemment dans le New York Times que pour certains historiens et sociologues français, l'«alternative à l'égalité entre les sexes est l'acceptation d'un jeu des différences érotisé». L'idée est que la femme acquiert du pouvoir en étant désirée par les hommes, et que grâce à cela elle parvient à rééquilibrer le rapport de forces. Scott ajoute que pour ces intellectuels (elle cite Claude Habib, Mona Ozouf et Philippe Raynaud), le féminisme est vu comme «un apport étrange», en décalage avec les mœurs françaises.

Le modèle défendu est celui d'une «galanterie française», à distinguer du combat égalitaire des féministes américaines, accusées de forcer les femmes à nier leur féminité. Pour ce courant, il s'agit d'opposer le «commerce heureux entre les sexes» (Mona Ozouf) à la judiciarisation excessive des rapports aux États-Unis. Ce discours de l'exception française a d'ailleurs été «construit en réaction contre la politisation des questions sexuelles aux Etats-Unis à partir de la fin des années 1980», souligne le sociologue Éric Fassin.

 

 

Dans le livre Ne vous taissez plus

L'attitude française serait liée à une tradition intellectuelle qu'a soulignée récemment dans le New York Times l'historienne Joan Scott. Celle-ci indique que, pour les Français, l'«alternative à l'égalité entre les sexes est l'acceptation d'un jeu érotisé des différences». Ainsi, la femme acquerrait du pouvoir en étant désirée par les hommes et pourrait de la sorte rééquilibrer le rapport de force. Le féminisme serait, de ce point de vue, «un apport étranger», en décalage avec les mœurs françaises. Et, surtout, il mettrait en danger la galanterie française.

 


Le modèle - celui d'une «galanterie française» est à distinguer du combat égalitaire des féministes américaines, accusées de forcer les femmes à nier leur féminité. Pour ce courant, il s'agit d'opposer le «commerce heureux entre les sexes» à la judiciarisation excessive des rapports hommes-femmes aux États-Unis. Ce discours de l'exception française a d'ailleurs été construit en réaction à la politisation des questions sexuelles en Amérique à la fin des années 1980.

 

(via @SI