Plagiat : Lautréamont inspiré par les colonnes du Figaro

Julien Helmlinger - 20.08.2014

Edition - International - Isidore Ducasse Lautréamont - Plagiat - Le Figaro


L'écrivain et hématologue français Jean-Jacques Lefrère, spécialiste de Rimbaud et Lautréamont, vient de partager une de ses découvertes sur son site dédié à ce dernier. Visiblement, l'auteur des Chants de Maldoror y a repompé à la lettre près, ou presque, un Fait Divers publié initialement dans le Figaro. L'histoire tragique d'une épouse d'un marin breton, signée par le journaliste Émile Blavet, se retrouve ainsi dans le Chant cinquième de son oeuvre phare.

 

 

 

 

Les Chants de Maldoror ont été publiés en 1869 par Isidore Ducasse et sous son nom de plume Lautréamont. Depuis, certains observateurs ont déjà fait remarquer que l'on pouvait y identifier des pans entiers de textes empruntés à Buffon et Jean-Charles Chenu, sur les étourneaux.

 

Le spécialiste Jean-Jacques Lefrère, sur la page des Cahiers Lautréamont, révèle un autre emprunt, journalistique cette fois. Un paragraphe de la rubrique des Faits Divers, 17 lignes, publié dans le Figaro du 12 septembre 1868, a été retranscrit mot pour mot dans le Chant Cinquième. 

Mais quand on se trouve en présence de pareilles circonstances, plus d'un sent battre contre la paume de sa main les pulsations de son cœur. Il vient de mourir, presque inconnu, dans un petit port de Bretagne, un maître caboteur, vieux marin, qui fut le héros d'une terrible histoire. Il était alors capitaine au long cours, et voyageait pour un armateur de Saint-Malo. Or, après une absence de treize mois, il arriva au foyer conjugal, au moment où sa femme, encore alitée, venait de lui donner un héritier, à la reconnaissance duquel il ne se reconnaissait aucun droit. Le capitaine ne fit rien paraître de sa surprise et de sa colère ; il pria froidement sa femme de s'habiller, et de l'accompagner à une promenade, sur les remparts de la ville. On était en janvier. Les remparts de Saint-Malo sont élevés, et, lorsque souffle le vent du nord, les plus intrépides reculent. La malheureuse obéit, calme et résignée ; en rentrant, elle délira. Elle expira dans la nuit. Mais, ce n'était qu'une femme.

 

Selon Lefrère, Émile Blavet, l'auteur de ce passage, fut un temps directeur de l'Académie nationale de musique, mais aussi un romancier et vaudevilliste, ainsi qu'un journaliste aux multiples noms de plume. Il compta parmi les contributeurs de L'Éclair, Le Gaulois, Le Voltaire, La République française, Le Nain jaune, Le Soleil, ou encore La Presse...

 

Il avait laissé une petite coquille dans son article, sur le terme « armateur », que son « plagiaire » (voire l'éditeur de ce dernier) aura pris soin de corriger.

 

L'anecdote malouine reprise par l'auteur montévidéen, dans le ton des tragiques pensées du narrateur Maldoror, aurait-elle finalement pu « imbiber son âme comme l'eau le sucre ? »