Plagiat : Quatre millions de dollars pour Claude Robinson

Clément Solym - 24.12.2013

Edition - Justice - Claude Robinson - procédure judiciaire - droits d'auteur


Le dessinateur québécois Claude Robinson est maintenant tiré de dix-huit années de procédure judiciaire. Ce dernier se battait pour retrouver ses droits, considérant que l'émission Robinson Sucroë n'était ni plus ni moins qu'un plagiat de son oeuvre, Les aventures de Robinson Curiosité. Le 23 décembre, la justice a finalement tranché, une fois pour toutes. 

 

 

 

 

 

L'objet du délit est la célèbre série Robinson Sucroë qui serait un plagiat de Robinson curiosité du dessinateur québécois Claude Robinson. Il dénonce ce plagiat depuis 1995 mais un jugement n'a été rendu que récemment. Du côté de la défense, on a fait valoir que Christophe Izard, à l'origine de la série, s'était seulement inspiré du roman de Daniel Defoe et de ses propres séries L'île aux enfants et Le village dans les nuages.

 

Contre le dessinateur, les maisons de production Cinar, France Animation, Ravensburger Film et RTV se sont âprement défendues. Déjà, en 2009, un premier jugement de la Cour supérieure du Québec avait donné raison au créateur, lui accordant 5,2 millions $ CA en guise de dédommagements. Mais la somme avait été réduite de moitié par la Cour d'Appel, deux ans plus tard. Le plagiat était pourtant bel et bien confirmé.

 

Robinson Sucroë avait été diffusé en France sur les chaînes Canal +, France 2 et France 5. C'est l'histoire d'un journaliste naufragé sur une île occupée par une tribu indigène et de drôles de pirates. En tout, le dessin animé a gagné les écrans d'une centaine de pays, sans que Claude Robinson ne touche le moindre droit d'auteur.

 

En février dernier, l'UNEQ avait apporté son plus vif soutien au créateur : « La lutte de Claude Robinson, dépouillé moralement et financièrement au cours des interminables recours judiciaires auxquels il a dû se plier dans la défense de ses droits et de sa dignité, est aussi la lutte de tous les auteurs du Québec. »

 

Ce seront finalement 4 millions $ CA d'indemnités que Claude Robinson percevra, conformément à la décision de la Cour supérieure. « Ce dernier a non seulement été privé d'une source de revenus, mais aussi de son sentiment de paternité et de contrôle sur un projet auquel il attribuait une valeur presque indicible », a considéré la juge Beverly McLachlin.

 

Or, si la condamnation est bien actée, l'obtention des indemnités impliquera de nouvelles procédures. En effet, la société Cinar a été rachetée en 2012 par DHX Media. Les sommes sont en effet dues par les parties, selon une certaine répartition, et non dans un ensemble. 

 

Et le jugement de souligner : « Les conséquences de ce comportement pour M. Robinson sont [...] graves. [...] Il a souffert d'une douleur profonde. Et comme si cela ne suffisait pas, les appelants Cinar ont impitoyablement nié avoir reproduit son oeuvre et insinué que M. Robinson n'était qu'un excentrique en quête d'attention. »