Plainte antitrust : Barnes & Noble victime frappée en Bourse

Clément Solym - 13.04.2012

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En marge, ou presque, des questions juridiques posées par l'accusation du Ministère de la Justice, concernant une entente sur le prix de vente des livres numériques, impliquant Apple et cinq groupes d'édition, ce sont les places financières qui s'agitent. Et les actions des uns et des autres font un brin de yoyo...


Jouons donc au plus célèbre jeu de société au monde : le Cluedo. La victime, Barnes & Noble, le lieu, la Bourse, l'objet du crime, la plainte du DoJ. Et quelques dommages collatéraux.

 

C'est sans trop d'étonnements que l'on constate en effet combien la plainte du DoJ a pu impacter les sociétés concernées - tout en permettant à Amazon de profiter d'une petite embellie. Ainsi, Amazon gagne 1,45 %, annonçant en parallèle une baisse du prix de vente des livres numériques dans ses étals. Une situation qui, selon le président de la Guilde des Auteurs ne durera que le temps pour ce dernier de retrouver sa position monopolistique. (voir notre actualitté)

 

On peut sans peine prévoir le retour prochain des ebooks à un tarif de 9,99 $ contre les 14,99 $ qui étaient alors pratiqués, avec une rigueur très fragile. 

 

Rappelé à l'ordre par le ministère, Apple voit en revanche son action perdre 0,55 %, moins dramatique toutefois que les 6,39 % de perte enregistrés par Barnes & Noble. La chaîne de librairies américaines qui n'avait absolument rien demandé se retrouve donc frappée par les corollaires de la plainte du DoJ. 

 

 

 

Pour les investisseurs, les conséquences sur Barnes & Noble sont d'ores et déjà inquiétantes. « À court terme, cette décision n'est pas favorable pour Barnes & Noble. Si Amazon veut être agressif en matière de tarification de livres numériques, cela aura un impact sur la rentabilité du Nook sur le court terme. C'est cette peur qui explique la chute des actions de Barnes & Noble aujourd'hui », explique David Strasser, analyste chez Janney Capital Markets. (voir Wall Street Journal)

 

Car les places de marché sont particulièrement frileuses, et tous les analystes s'accordent à dire que cette plainte va avoir des conséquences lourdes pour Barnes & Noble. Chez Forrester, James McQuivey explique : « Amazon fabrique une relation avec ses clients formidable, qu'ils peuvent monnayer dans de nombreuses catégories de produits, et pas seulement les livres. Même s'ils décident de frapper fort sur le livre numérique [NdR : de vendre à perte, avec une politique agressive, donc], ils pourront trouver d'autres endroits pour compenser ces pertes de marges. Barnes & Noble ne peut pas s'offrir ce même luxe. »

 

Et pour cause... Cette situation de concurrence qui n'a plus rien à voir avec les consommateurs, mais n'émane que de mouvements financiers sur les places boursières est implacable. Mais surtout, elle frappe directement B&N, avec pour point de chute... des pertes potentielles considérables.

 

A Lire : Amazon : le miroir aux alouettes de la politique tarifaire Kindle

 

Le DoJ peut-il prendre en compte cet effet immédiat sur la plus grande chaîne de librairies des États-Unis, alors que l'an passé, ce sont les magasins Borders qui ont dû mettre la clef sous la porte... Le mot de la fin au président de la Guilde des auteurs : « L'argent réalisé dans l'édition va diminuer, et donc l'argent pour les auteurs va manquer. » 

 

Une solution ? L'édition indépendante, ou l'autoédition, directement en version numérique ? Ça tombe très bien, Amazon a déjà tous les outils pour ce faire...