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Plainte pour abus de faiblesse : un syndicat d'auteurs aux côtés de Patrick Graham

Antoine Oury - 09.03.2017

Edition - Justice - Patrick Graham - SELF syndicat - Graham Univers Poche


Le Syndicat des écrivains de langue française (SELF) se porte partie civile aux côtés d'un auteur qui porte plainte pour abus de faiblesse et extorsion contre des éditeurs. Début 2016, l'écrivain Patrick Graham a en effet déposé une plainte auprès du pôle financier du Parquet de Paris, qui fait désormais l'objet d'une information judiciaire.

 

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(Su morais, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Le courrier du SELF a été envoyé au juge d'instruction cette semaine, signé par Christian Vilà, à la tête du SELF depuis plus de 4 ans. « Nous nous portons partie civile moins parce que Patrick Graham est l'un de nos adhérents qu'en défense de l'intérêt général de la profession. Ce genre de pratiques, comme la modification du contrat sans l'accord de l'auteur, on ne peut pas les accepter de la part d'un éditeur », souligne le président du SELF.

 

Christian Vilà fait référence à la plainte déposée par Patrick Graham en janvier 2016 « pour des faits constitutifs des délits d'abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de faiblesse (article 223-15-2 du Code pénal) et d'extorsion (article 312-1 du Code pénal) » à l'encontre des éditions Anne Carrière et Univers Poche. Cette plainte fait désormais l'objet d'une information judiciaire.

 

Le SELF se porte partie civile aux côtés de Patrick Graham, et réclame 1 € symbolique à la partie adverse.

 

« Comme l'auteur est toujours la partie la plus faible, les éditeurs ont tendance à en profiter allègrement. Mais nous n'avons jamais été confronté à une telle affaire, qui relève du pénal : les actions en justice concernent généralement des histoires de plagiat, et opposent un auteur contre un autre », explique Christian Vilà.

 

Le SELF s'est déjà porté partie civile aux côtés d'autres auteurs par le passé, mais cela remonte aux années 1970 et 1980, nous confie un membre de l'organisation.

 

La demande de constitution de partie civile doit désormais être examinée par le juge d'instruction.

 

Cette plainte pour abus de faiblesse et extorsion constitue, selon le SELF, une preuve des relations toujours délicates entre auteurs et éditeurs : « Le Conseil Permanent des Écrivains arrive à dialoguer avec le Syndicat national de l'édition, mais cela fait une quinzaine d'années que le SNE a rompu les échanges avec le SELF, pour des raisons qui me sont inconnues », précise Christian Vilà.

 

« Il y a eu quelques avancées dans les relations entre auteurs et éditeurs grâce au dialogue avec le CPE, notamment le contrat d'édition à l'ère numérique, mais, sur la situation des auteurs, la dégradation est toujours d'actualité, avec des à-valoirs toujours aussi faibles. Quant à la reddition de comptes deux fois par an, nous ne l'avons toujours pas obtenue », précise le président du SELF.

 

Les quelques propositions de la Commission européenne pour améliorer la situation entre auteurs et éditeurs, au sein de la réforme européenne du droit d'auteur, laisse le Syndicat des écrivains de langue française « mi-figue, mi-raisin » : « quand on regarde les propositions du député européen Marc Joulaud, on se rend compte, à nouveau, que les responsables politiques n'écoutent pas vraiment la voix des auteurs », note Christian Vilà.