Plainte pour “injure et diffamation” : Siné décidé à “rentrer dans le lard” de BHL

Nicolas Gary - 02.03.2016

Edition - Justice - dessinateur caricature Siné - philosophe BHL - plainte diffamation


Philosophe, ce sera la moindre des qualités nécessaires à Bernard Henri-Levy. Un peu d’humour ne sera pas non plus de trop, et au besoin, voici de quoi inciter à la modestie. L’affaire remonte à 1985, certes, mais elle connut de multiples rebondissements. Cela mettra un peu de chantilly dans la mélasse de ce qui suit.

 

 

 

Donc Siné va porter plainte pour diffamation contre BHL, décidé à « rentrer dans le lard » du « philosophe milliardaire aux chemises amidonnées ». Le motif de cette attaque ? Siné est fatigué, après des années, et en a « marre de me laisser sans cesse insulter par cet individu, qui continue, envers et contre tous, à me traiter, partout où il sévit, de raciste et d’antisémite ». 

 

La plainte a été déposée pour « injure et diffamation », et qu’importe le coût – Siné précise, « la peau des fesses » – l’important est que cela cesse. Le fondateur du mensuel satirique est par ailleurs agacé par Le Point : après un énième article où BHL « répandu sur mon compte, on pouvait relire gratuitement ses insultes (raciste et antisémite) sur leur site, mais pour prendre connaissance de leur mise au point, il fallait payer pour lire la suite de l’article ». 

 

Les antécédents ne manquent pas...

 

Il est vrai qu’à de multiples occasions, BHL n’a pas manqué de dénoncer des propos tenus par Maurice Sinet, alias Siné. Ainsi, en 2008, le claironnant philosophe affirmait : « Monsieur Siné peut raconter ce qu’il veut et faire tous les procès du monde. Rien n’effacera la honte des propos tenus, en 2008, sur la “fiancée juive” du fils de Sarkozy. »

 

Une référence à la chronique de Siné dans Charlie Hebdo, où il avait alors, à grand renfort de vitriol et d’ironie, interrogé les motivations poussant Jean Sarkozy à se convertir au judaïsme. Philippe Val, alors rédacteur en chef, avait licencié l’auteur suite à cette histoire. 

 

Sauf que Siné fut blanchi, par le tribunal de Lyon, le 24 février 2009 et Charlie Hebdo dut lui verser 90.000 € de dommages-intérêts... « Le tribunal considère que (Siné) s’est autorisé à railler sur le mode satirique l’opportunisme et l’arrivisme d’un homme jeune, engagé sur la scène politique et médiatique. Il ne creuse pas le préjugé antisémitisme » disait le jugement. 

 

Le CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, rappelle immédiatement dans sa revue de presse qu’en 1985, Siné fut condamné pour « provocation à la discrimination, à la haine et à la violence raciales ». Ce dernier avait alors assuré sur l’antenne de la radio Carbone 14 : « Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde (...) Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est ProPalestinien. Qu’ils meurent ! »

 

C’était trois ans après un attentat qui, rue des Rosiers, avait fait six morts. Les excuses présentées par la suite n’avaient évidemment pas suffi. 

 

The Small Idea Assassin - A Moment of Quiet Introspection

Maryam, CC BY SA 2.0

 

 

On pourra toujours tenter d’élargir le débat en rappelant les propos de Rony Brauman, dans Siné Mensuel. L’ancien président de Médecins sans Frontières expliquait : « Il (le CRIF), ne cesse d’affirmer le soutien inconditionnel des Juifs français à Israël tout en faisant vibrer la corde antisémite jusqu’à l’extrême. Il a franchi un degré supplémentaire en faisant campagne contre l’appel à la reconnaissance d’un État palestinien voté au Parlement français. Soudainement, la reconnaissance d’un État palestinien était un acte antisémite. Le CRIF vide de son sens même la notion d’antisémitisme en l’assimilant à une critique ou à une attitude politique. Ces gens-là mettent les juifs en danger. » (avril 2015)

 

Dans son dernier éditorial paru dans LePoint.fr, BHL s’attaque à Siné, Michel Onfray et Alain Badiou : « La seule, la vraie ignominie c’est, selon monsieur Siné, celle qui a permis que Johnny Hallyday s’associe à la cérémonie en venant chanter, place de la République, avec humilité et dignité, un émouvant dimanche de janvier. » Il évoque également « cette façon de ruminer des haines rances », en évoquant plus précisément Siné.