Plus invisible que jamais, l'homme de Ralph Ellison est censuré

Nicolas Gary - 20.09.2013

Edition - International - L'homme invisible - Ralph Ellison - censure


Paru en 1952 aux États-Unis, le roman de Ralph Ellison, L'Homme invisible, fait l'objet d'une plainte de 12 pages déposée par une mère de famille, passablement choquée. Au point que le livre a été interdit dans les bibliothèques scolaires du comté de Randolph, en Caroline du Nord. Le livre a pourtant été salué comme un roman impressionnant au fil des années.

 

 

 

 

En 1953, le roman avait remporté le National Book Award, et 12 ans plus tard, un sondage national de critiques de livres l'avait hissé au rang du plus grand roman américain écrit depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais Gary Manson, membre de la commission scolaire est implacable : « Je n'y ai trouvé aucune valeur littéraire. »

 

L'ouvrage si choquant qu'il aura fallu plus de 60 ans pour le découvrir a été traduit devant le conseil de la ville par un parent d'élève, Kimiyutta Parson, qui a estimé son contenu inapproprié pour son enfant, une jeune fille du 11e grade, soit 16/17 ans. La mère excédée évoque l'approche sexuelle du livre et son niveau de langue... 

 

Son éditeur, Grasset, le présentait comme suit, dans l'édition de novembre 2002 :  

L'homme invisible, c'est l'homme noir dans la société américaine... Voilà trois siècles que, là-bas, il vit, travaille, mange, parle - et pour l'Amérique il arrive même au Noir de se faire tuer... En quelque sorte pour rien. Car aux yeux de l'Amérique le Noir est invisible. Ecrivain lui-même noir, Ralph Ellison a donné ce titre paradoxal, dérisoire et pathétique aux six cents pages qui racontent l'histoire d'un jeune Noir du Sud aux prises avec une société qui lui refuse sa place. Homme invisible, pour qui chantes-tu ? est peut-être le plus insupportable des cris de solitude et de révolte qui se soient exprimés par la littérature.

 

Dans l'ensemble des établissements scolaires de la ville, le livre a donc été supprimé des étagères, suite à un vote du conseil à 2 voix contre 5. Kimiyutta Parson explique dans sa plainte : « Le narrateur écrit à la première personne, en insistant sur ses expériences personnelles, et ses sentiments sur les événements de sa vie qu'il présente. Ce roman n'est pas si innocent ; au contraire, c'est un livre sale, bien trop pour les adolescents. Vous devez respecter toutes les religions et le point de vue, quand il s'agit de celui des parents, et de ce qu'ils estiment être l'âge approprié pour ce que vont lire leurs jeunes enfants. »

 

via Courrier Tribune