Plus qu’un support, le papier "constitue le corps même de l’objet imprimé”

La rédaction - 22.09.2016

Edition - Société - formation design éditorial - fabrication livre papier - fabrication design éditorial


Jérémy Alglave, pour l'atelier Polysémique, intervient dans le cadre des formations du pôle Fontaine O Livres. Pour ActuaLitté, il détaille les principes de son invervention et les aspects abordés au cours de la journée dédiée à la Fabrication et au design éditorial. Le papier est ici mis au coeur de tout le processus de création de l'objet.

 

DoF pages

Bill Selak, CC BY ND 2.0

 

 

ActuaLitté : Comment le papier, en tant que matière, intervient-il dans la fabrication et le design éditorial ?
 

Jérémy Alglave : Le papier est plus qu’un support, il constitue le corps même de l’objet imprimé, que ce soit un livre, une carte de visite, un flyer. C’est le premier contact sensible avec l’objet ; suivant ses propriétés, il définit le poids, le volume, la lisibilité et la sensation au toucher d’un livre. C’est aussi un marqueur fort du domaine d’application, avec des normes d’usage qu’il faut connaître pour pouvoir les respecter de façon intelligente, ou en jouer.


 

ActuaLitté : Que faut-il savoir sur le papier, avant toute chose ?

 

Jérémy Alglave : Qu’il en existe un très grand nombre et de qualités très différentes. Juste en le touchant, en le regardant, on peut reconnaître déjà nombre d’indications (mode de fabrication, grammage, etc.), que l’on peut compléter en regardant la fiche technique où l’on peut voir par exemple s’il contient des traces de bois et donc s’il va jaunir avec le temps ou pas.

 

 

ActuaLitté : Quelle méthodologie proposez-vous pour aboutir à une bonne adéquation ?

 

Jérémy Alglave : Pour pouvoir faire un choix pertinent, il faut avoir une vision détaillée de l’objet imprimé final : son coût, son contenu, son mode de diffusion, son usage, où il sera lu, par qui et dans quelles conditions.


Ensuite on définit une stratégie avec des critères de priorité, qui seront par exemple pour la monographie d’un jeune photographe : qualité de rendu des couleurs/papier avec un touché sensible/compacité de l’objet/budget.
 

 

ActuaLitté : Quelles places accorder à l’écologie dans le cadre de cette formation ?

 

Jérémy Alglave : C’est une problématique essentielle présente tout au long de la journée, car apprendre à connaître les papiers, c’est aussi connaître qui les produit et comment.


La mention « recyclé » ne suffit pas, un papier recyclé très blanc fourni par un imprimeur à l’autre bout du globe peut avoir été fabriqué de façon très polluante et énergivore.


Un papier non recyclé fabriqué en Europe du Nord dans des usines aux dernières normes écologiques avec un traçage de la provenance de la pâte à papier sera plus écologique au final, et certainement de bien meilleure qualité.

 

 

ActuaLitté : Et pour les coûts de fabrication, qu’en est-il ?

 

Jérémy Alglave : Concernant les coûts, le but n’est pas de les baisser au maximum au détriment de l’objet, mais de trouver des solutions qui permettent à coût équivalent de gagner en personnalité et en qualité.

Par exemple utiliser un papier de création adapté à une utilisation en couverture plutôt que le standard « pelliculage » permet de gagner sur tous les tableaux : originalité, esthétique, coût (et surtout écologique !).

 

 

ActuaLitté : Quelles sont les 3 règles impératives à respecter ? 
 

Jérémy Alglave : Très simples

 

1. Demander toujours des échantillons du papier choisi, lire la fiche technique et faire une maquette en blanc de l’objet. 


2. Anticiper le délai, car un papier précis peut prendre un peu plus de temps à être livré directement d’usine par exemple. Sinon l’imprimeur vous proposera souvent un papier standard qu’il a déjà en stock. Le choix du papier peut être la première victime des contraintes de temps.

 

3. Valider un bon de commande avec la mention détaillée du papier (nom, grammage, type) et faire un suivi de fabrication pour s’assurer que votre choix de papier sera respecté
 

 

ActuaLitté : En cette période de numérisation, et de numérique, constatez-vous un retour à la matière, précisément ? Une plus grande attention portée ?

 

Jérémy Alglave : Oui, c’est assez net, et cela dans tous les domaines (musique, édition, livres pour enfant…). Il y aura a priori de moins en moins d’objets papier dans l’absolu, mais ceux qui resteront, comme les livres j’en suis certain, sont déjà plus qualitatifs, plus originaux et plus pérennes.

 

 

Retrouver les formations Fabrication et design éditorial - Prochaine session le 8 novembre : le papier, par Fontaine O Livres