PODCAST – “La France a un problème avec la littérature”

Nicolas Gary - 15.05.2020

Edition - Société - France problème littérature - Elisabeth Samama


LES MOTS EN BOÎTE – Elisabeth Samama a fondé il y a trois ans une agence d'édition qui porte son nom. Son travail ressemble à s'y méprendre à celui d'un d'un éditeur salarié, si l'on fait abstraction du fait que ses livres sont publiés dans plusieurs maisons. Après avoir travaillé plus de deux décennies chez Julliard puis Fayard, elle jouit aujourd'hui d'une grande liberté et porte un regard désolé sur le traitement réservé à la littérature par l'édition française.



Avec 14 ouvrages publiés en 2019, l’agence d’Elisabeth Samana est particulièrement productive. Elle bénéficie du soutien de ses deux associés, respectivement attachée de presse et graphiste, avec lesquels elle compte bien « réunir les compétences de chacun au service des textes ».





À chaque livre paru, elle perçoit 2 % des droits d’auteurs sur les ouvrages plus un à valoir. Ses clients, les auteurs, n’ont donc rien à débourser directement et lui font confiance – et surtout, le pourcentage n'est pas pris sur les droits d'auteurs des écrivains. « Une bonne moitié des écrivains me connaissent déjà par le bouche-à-oreille et veulent un premier avis sur leur texte, on discute vers quelle maison on pourrait se diriger dans le futur, puis je fais le travail éditorial, c’est ma compétence, j’aime le faire. »

Depuis qu’elle travaille dans son agence, Elisabeth Samama reçoit environ 20 manuscrits par semaine, ce qui lui laisse plus de temps pour se concentrer sur des projets qui lui tiennent à cœur, « quand j’étais chez Fayard j’en recevais 4000 par an ».
 

Malaise dans la littérature 


«C’est quand même un métier où il y a de l’orgueil, l’édition, et je pense que lorsqu’on sait que l’on publie un mauvais livre on n’est jamais content.» Pour Elisabeth Samama chaque éditeur en ce monde sait très bien faire la distinction entre un livre qui compte et un livre bas de gamme, un livre que l’on est content de publier et un livre que l’on publie pour de mauvaises raisons.
 

Lorsqu’elle a commencé sa carrière, le monde de l’édition était assez cloisonné, avec des maisons qui se concentraient sur les coups marketing et les best-sellers, et d’autres, plus exigeantes, qui privilégiaient la recherche de textes rares. «Puis dans ces mêmes maisons d’édition, on a commencé à faire les deux, en se disant cyniquement que les mauvais financeraient les bons». 
 

La littérature ne ferait plus vendre. L’éditrice déplore la tendance actuelle de toujours chercher « la vérité », le témoignage : «On veut des livres en rapport avec l’écrivain, avec son vécu, et on condamne la littérature à n’être qu’un objet chargé de divulguer la vérité au lecteur et de lui donner l’impression qu’il découvre des choses du réel, liées à la personnalité de l’auteur».
 

Pire encore le mot Littérature ne voudrait plus dire grand-chose : « Il y a un problème avec la littérature en France, il est simple : le mot est devenu un vrai fourre-tout, à partir du moment où on y met tout et n’importe quoi, on appauvrit le sens et on essaie de ne surtout plus l’utiliser». 
 

Pour une redécouverte du sens 


«La littérature pour moi c’est un effet de surprise». Pour l’éditrice, un texte devient littéraire lorsqu’il bouscule, bouleverse, sort le lecteur de ses schémas de pensée habituels. «La littérature de mauvaise qualité, c’est la littérature qui vous laisse dans vos charentaises», une littérature qui ressemblerait à un épisode de Columbo que l’on regarderait en boucledestiné à réconforter un lecteur qui prendrait plaisir à toujours retrouver la même formule, les mêmes archétypes de personnages, les mêmes thématiques.
 

«La littérature ce n’est pas fait pour nous faire oublier le réel, c’est fait pour nous y ramener différemment.» Ce qu’Elisabeth Samama recherche dans un texte, ce sont ces choses spécifiques, éloignées, infimes, qui l’espace d’un instant, deviennent accessibles au lecteur. Ces brefs moments où l’on est comme hors de soi sont si importants que l’éditrice considère, malgré une vie mouvementée, que «je suis la somme de mes lectures, je ne suis pas la somme de mes expériences... Enfin... je suis la somme de mes bonnes lectures».
 

Conseils de lecture 


Si Elisabeth Samama souhaite que l’on arrête de culpabiliser les gens qui ne lisent pas, elle n’en est pas moins décidée à proposer des ouvrages qui peuvent réconcilier ces âmes perdues avec la lecture. 
 

– La bête au ventre — d’Edward Bunker — traduction Freddy Michalski, édition Rivages. L’œuvre d’un écrivain taulard, un livre sur la colère qui raconte l’éducation en centre de redressement dans l’Amérique des années 50.

– Un dernier verre au bar sans nom - Don Carpenter - traduction Céline Leroy, édition 10/18. Un « Chef-d’œuvre de la littérature sur la littérature », un livre autour de 5 jeunes écrivains, 5 loosers magnifiques. Un indispensable pour tous les gens qui veulent écrire. 

– Petite table, sois mise! – Anne Serre – Editions Verdier. Un livre à ne peut-être pas mettre entre toutes les mains. 

– L’enfant bleu — Henri Bauchau — Editions Acte Sud. Un livre sur les éclats de l’adolescence, une réinvention du langage et du monde permanente. Se plonger dans ce texte c’est revenir aux fébrilités des lectures que l’on pouvait avoir à cette époque suspendue entre l’enfance et l’âge adulte. 




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Commentaires
Pierrot, vous n'en avez peut-être pas l'impression, mais oui la BD est un genre littéraire, au même titre que les textes de théâtre ou la poésie. Elle possède ses propres codes et transmet un message, une histoire ou simplement une émotion.



Je repense à "Un océan d'amour" de Grégory Panacione et Wilfrid Lupano. Pas un seul mot, pas de texte, et pourtant cette BD vous transmet des émotions et la nostalgie d'un temps que nous, les jeunes, n'avons pas connu. Cette oeuvre contient une poésie que nous retransmet l'image.

Je vous la conseille au passage.



Il existe de nombreuses BD qui relatent des époques historiques, ou de l'actualité politique. Avec ou sans humour. Et qui prennent le relais de la littérature classique pour toucher un public moins réceptif aux gros romans complexes.



En d'autre mots, la BD (en plus d'être une ouverture à la littérature pour celles et ceux que les livres classiques rebutent) est aussi un art. La dégrader, en parler comme d'une sous-espece littéraire, c'est aussi cracher sur les travaux de recherche des auteurs et autrices. Oseriez-vous, après avoir lu "Vies tranchées: Les soldats fous de la Grande Guerre", aller voir Jean-David Morvan, Hubert Bieser et Yann Le Gal, et vous rire de leur travail?



Même sans parler de ces BDs en quoi une bande dessinée vaudrait-elle moins qu'un recueil de poèmes ou un livre jeunesse? A cause de la quantité du texte?

Quantité ne veut pas forcément dire qualité, vous le savez mieux que moi.

A cause des images qui l'accompagne? Cela rabaisse-t-il le statut du livre? Le dénature?

De nos jours, la majorité de la population française passé plus de temps sur leurs ordinateurs et smartphones. Peut-etre que si le livre semblait plus accessible et se déguindait, plus de jeunes apprécieraient cet objet/source de connaissance/moyen de divertissement.



Mais encore une fois, qui suis-je pour parler. A part une modeste lectrice. Grande amatrice de Margaret Mitchell, Molière, Victor Hugo, Sir Arthur Conan Doyle, mais aussi de Lang, Poinsot ou encore Florent Maudoux.

Je ne suis qu'une jeune consommatrice de 26 ans. Apprenez-moi donc ce qu'est la vrai littérature, quels sont vos critères de choix et ce qui vous permet de choisir pour les autres ce qui est bon de lire et ce qui ne l'est pas.
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