Poète et assassin raciste : scandale au Canada

Clément Solym - 07.01.2020

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La poésie est étrangement mise au goût du jour au Canada : le poète Stephen Brown, en cause dans l’homicide involontaire d’une femme en 1995, fait actuellement les titres de la presse. La mort de Pamela George avait agité le pays, alors que son cadavre avait été retrouvé par un automobiliste, au lendemain de son assassinat. Elle avait été kidnappée, battue, violée, et laissée pour morte par ses agresseurs.

Salve Regina University
universté de Regina – Dennis Heller, CC BY 2.0


Mère célibataire de 28 ans, Pamela George avait deux enfants, et dépendait de l’aide sociale. Elle vivait dans la ville de Regina, et occasionnellement comme travailleuse du sexe. Ses meurtriers, Steven Kummerfield et Alex Ternowetsky sont deux jeunes garçons de 20 ans, blancs, classe moyenne confortable. Or, le crime prend une tournure plus glauque et raciste quand on apprend que Pamela était une autochtone — descendante des premiers occupants, les nations indiennes victimes de la colonisation.
 

Aux origines des faits


À l’époque, les deux hommes bénéficient d’un procès scandaleux : acquittés pour meurtre au premier degré, ils ne seront condamnés que pour homicide involontaire. Les organisations antiracistes, féministes et autochtones crient au scandale, mais rien n’y fait — ils écoperont de 10 années de prison, le 7 janvier 1997. 

Pourtant, le crime raciste ne faisait aucun doute : la nuit de ce meurtre, les deux hommes sont passablement ivres, et se font repousser par des prostituées qu’ils cherchent à faire monter dans leur véhicule. L’une d’entre elle sera insultée, traitée de « poubelle indienne » et de « salope de squaw ». George sera finalement convaincue, aménée loin de la ville par ses meurtriers. 

D’autres témoignages évoquent l’absence totale de remords ou de scrupules, Ternowetsky disant à son ami, lors d’une conversation téléphonique : « Elle le méritait. Elle était indienne. » (via Questia)
 

L'anonymat bienvenu


Les événements douloureux étaient passés, sans que l’on n’oublie toutefois, mais la semaine passée, l’université de Regina décide d’annuler une conférence : le passé resurgit. Le poète George Elliott Clarke devait organiser un événement le 23 janvier, mais les communautés locales ont vu rouge. En effet, Clarke fut l’éditeur d’un autre poète, Stephen Brown, précédemment connu sous le nom de Steven Kummerfield.

Un changement de nom survenu après qu’il fut reconnu coupable d’homicide involontaire. Sa peine avait été commuée en quatre années, avec liberté conditionnelle octroyée en 2000.

L’université avait assuré qu’il était contraire à ses principes d’annuler une conférence, surtout avec George Elliott Clarke qui fut précédemment poète officiel du Parlement canadien. Mais à Régina, où la communauté autochtone représentait 15 % de la population en 2006 — chiffres en croissance — se retrouve le groupe le plus important de la province de Saskatchewan. 

Pamela George

 
Clarke a choisi d’annuler la conférence, devant le tollé que sa proximité avec Brown avait soulevé. Heather Bear, vice-présidente de la Fédération des nations autochtones souveraines, déclare, dans un communiqué : « Elle [Pamela George] était mère, fille, sœur et tante. En tant que femme et mère des Premières Nations et diplômée de l’Université des Premières Nations et de l’Université de Regina, je suis écœurée, dépitée et blessée que les responsables de l’Université envisagent de promouvoir — même indirectement — ce meurtrier. » 

Dans le même temps, on apprend que deux poèmes de Brown, qui avaient été publiés sur le site internet de la Bibliothèque du Parlement ont, quelques jours après l’épisode de l’université, été supprimés. Des textes pourtant choisis par George Elliott Clarke — qui a d’ailleurs lui-même approuvé leur retrait. 


Commentaires
Et si les dirigeants de l'université de Regina profitaient de cette occasion pour promouvoir les littératures "amérindiennes" ? Mémoire d'encrier et Dépaysage peuvent leur donner des noms…
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