Point deux : faire tenir Guerre et Paix dans sa poche de chemise

Clément Solym - 19.03.2011

Edition - Les maisons - point - deux - seuil


Créer un nouveau format, cela faisait plus de 60 ans que l’on n’avait pas tenté l’aventure en France. A l’époque c’était Le livre de poche, qui révolutionnait les habitudes de lecture, allant jusqu’à transformer nos bibliothèques et librairies. Emmanuelle Vial, directrice du projet Point Deux, nous raconte le lancement de ce spécimen hors du commun.

« Le projet est né il y a 10 mois » commence-t-elle. « Il arrive aujourd’hui à un stade où il ne nous appartient plus vraiment ». Ainsi, c’est aux libraires de prendre le relais, quant au succès définitif, il dépend uniquement des lecteurs.

« Produire un nouveau format nous a obligés à repenser toutes les étapes de la fabrication et de la diffusion du livre : de la programmation jusqu’à la mise en page, le marketing, la mise en rayon (car les étagères et présentoirs de nos librairies ne sont pas adaptés aux « .2 »). Il a fallu tout recommencer sans savoir si la réaction attendue de la part des lecteurs viendrait nous récompenser ou non. »


Ce qu’il faut savoir, c’est que Seuil n’a pas inventé le « .2 », ce format vient de Hollande. C’est Emmanuelle Vial qui a rencontré, lors d’un voyage, un éditeur hollandais qui lui a présenté cet objet, qu’il tenait lui-même d’un imprimeur, lequel cherchait un moyen nouveau et plus efficace pour diffuser la bible.

Diffuser la bonne parole ?

A l’origine donc, oui, mais le format s’est rapidement diffusé dans tous le pays. Repris par des éditeurs hollandais, qui élargissent les publications à la littérature générale, il connaît un réel succès. Et pour dire : plus de 500.000 exemplaires ont étés vendus en Hollande, ce qui est un chiffre très considérable par rapport à la taille du pays.

Le seuil a pris les devants pour que l’innovation traverse les frontières et que « .2 » puisse se développer en France. Toutefois, le problème du tarif se posait : en Hollande, ces livres sont vendus entre 15 et 18 euros, en effet, la fabrication est relativement coûteuse. Mais, selon Vial, le public français n’accepterait pas des tarifs aussi élevés pour un format aussi minuscule. Le seuil a donc proposé des ouvrages entre 9 et 13 euros, dont le prix se justifie par la beauté et la solidité de l’objet.

Alors, « .2 », qu’est ce que c’est ?

« Ultra-poche », « Pléiade du pauvre », « Compact », le format a reçu beaucoup de surnoms. Le seuil a décidé pour sa part de le baptiser « .2 ». Reste à savoir si le terme sera retenu dans le langage courant ou non.

« .2 », c’est donc un livre papier, mais qui s’apparente en tout point de vue à un lecteur d’ebook, d’ailleurs le nom qu’il lui a été donné ne fait-il pas référence au numérique et au web 2.0 ? En effet, le sens de lecture est inversé, l’ouvrage se tient donc verticalement et la lecture se déroule sur la double page sans interruption. Obtenant ainsi des dimensions s’approchant de n’importe quel lecteur. Le poids est également assez semblable, grâce au papier bible qui est utilisé et permet de faire tenir d’aussi imposants pavés que Guerre et Paix de Tolstoï dans la poche de sa chemise.

Pourtant, Emmanuelle Vial explique que « .2 » n’est absolument pas destiné à concurrencer le livre numérique. Il n’en a pas la prétention. Simplement, « il est amusant de lancer un nouveau format papier au moment ou le livre se dématérialise ». De toute façon, le numérique est une « question générationnelle qui dépasse la question du livre et de la littérature », dit-elle.

Ainsi, « .2 » est « une autre forme de l’objet magnifique qu’est le livre papier, mais on ne l’a pas fait contre le livre numérique, ni pour sauver le livre papier. » Toutefois, cette action de renouvellement du livre papier est saluée par les libraires en cette aire numérique où ils se sentent malgré tout menacés.

Les « .2 » seront lancés le 14 avril, avec 9 titres au lieu des 5 prévus initialement. 37 ouvrages devraient sortir dans le courant de l’année.