Polars, thrillers : une violence exponentielle sur les femmes

Clément Solym - 27.10.2009

Edition - Les maisons - polars - thrillers - violence


Alors que leurs scénarios sont de plus en plus confrontés à ceux des séries télé, qui l'emportent bien souvent par la profusion de mecs qui planchent, les polars, thrillers et autres livres de série noire semblent pallier cet élément par une violence visuelle anti-femme qui dégoûte Jessica Man, romancière anglaise. Elle évoque même « une misogynie sadique », qui met les femmes dans des situations de victimes de pire en pire.

Des psychopathes sérieusement atteints

« Chaque psychopathe est plus sadique que le précédent et les souffrances de ses victimes sont décrites avec des détails de plus en plus explicites, comme ces femmes qui sont emprisonnées, ligotées, bâillonnées, pendues ou attachées, violées, découpées, brûlées, aveuglées, battues, affamées, étouffées, poignardées, bouillies (sic ?) ou enterrées vivantes. »

Si elle ne revient pas sur la liberté d'expression des auteurs, elle insiste aussi sur le droit des critiques à dire qu'ils en ont assez. Et elle refuse désormais de chroniquer des ouvrages de ce genre.

Faire vendre, en tuant des femmes

C'est depuis qu'elle a vu le cadavre d'une femme sur la couverture d'un nouveau livre que l'auteure avait fait remarquer à l'éditeur que la victime dans l'ouvrage était un homme. Réponse de l'intéressé : les femmes mortes font vendre bien plus. Les hommes, non. Pas plus que les enfants ou les vieux. Pourtant, ce n'est pas le moindre des paradoxes dans cette situation.

« La tendance ne peut d'ailleurs pas être attribuée à une réaction anti-femmes, parce que la fiction la plus convaincante dans ce domaine, est écrite justement par des femmes », explique-t-elle. Ainsi, elle en déduit que ces jeunes romancières grandissent avec dans l'esprit que les femmes sont des victimes séduisantes, mais également de potentiels best-sellers si elles sont tuées dans des circonstances sordides.

Un marché où les auteures doivent lutter

Le marché du polar en Angleterre pèse plus de 116 millions £ annuellement avec près de 21 millions d'ouvrages vendus ; 60 % des auteurs sont des femmes, et les lectrices en sont les plus nombreuses, avec un âge moyen de 55 ans. Natasha Cooper, ancienne présidente de la Crime Writers' Association, insiste : les femmes qui se lancent dans ce genre doivent se montrer plus crues encore pour réussir et poser une crédibilité qui ne les fera pas passer pour des midinettes.

C'est alors que l'on arrive à une désensibilisation des lecteurs, ajoute Val McDermid, autre romancière, pour qui la production actuelle est de plus en plus « sensationnaliste et gratuite ». Se sachant des proies pour des êtres violents, leurs écrits sont chargés de tout un imaginaire terrifiant. « Nous écrivons avec pour sujet une violence vécue de l'intérieur. Les hommes, en revanche, écrivent depuis un rôle extérieur. »

La question est posée... Hommes, femmes, un nouveau mode d'emploi serait nécessaire ?