Interdiction de livres à Venise : Elton John fustige le maire, "grossier bigot"

Nicolas Gary - 17.08.2015

Edition - International - Venise livres genre - Luigi Brugnaro maire - homoparentalité enfants


Le maire de Venise, fraîchement élu, ne s’attendait certainement pas à recevoir une volée de bois vert dans la presse internationale. Ce dernier avait décidé de supprimer des bibliothèques scolaires de maternelle et primaire, des ouvrages évoquant entre autres l’homoparentalité. La décision de Luigi Brugnaro n’en finit pas de soulever l’indignation, tant le procédé semble homophobe, sous couvert d’une affirmation de certaines valeurs. Question : lesquelles ?

 

Jump - Venise

LoKan Sardari, CC BY SA 2.0

 

 

L’incident a démarré peu après l’élection du nouveau maire. L’idée de supprimer des bibliothèques des ouvrages évoquant l’homosexualité ou l’adoption par des couples homoparentaux comptait parmi les promesses électorales du candidat. Et une fois au pouvoir, Brugnaro s’est exécuté. Et le maire de partir en guerre contre les livres évoquant une société contemporaine, loin de l’image Un papa, Une maman, et basta cosi.

 

Le tir à boulets rouges est venu d’Angleterre où, Elton John a fustigé le comportement du maire italien. « Il a stupidement choisi de politiser des livres pour enfants, en interdisant les titres qui parlent de familles homoparentales, vivant heureuses pour toujours », embraye le chanteur. « Au lieu d’encourager un monde fondé sur l’acceptation et l’amour, il se fait le défenseur d’une société à venir, qui est faite de divisions. »

 

 

 

 

Le message a fait le tour du net, et Brugnaro, taxé de « grossier bigotisme » devient alors le symbole d’un comportement réactionnaire, aux relents homophobes. 

 

Tiziano Scarpa, prix Strega 2009, avait déjà fait part de sa colère, et de la stupidité de cette décision. Il donnait ainsi l'exemple de Pinocchio : « Dans ce conte de fées, on parle d’un homme qui construit un enfant grâce à la technologie, sans l’intervention d’une femme : pensez-vous qu’il s’agisse de l’exemple d’une famille traditionnelle ? Au-delà de cet exemple, nos contes ne sont pas intouchables, et vous ne pouvez pas les enfermer dans une logique politique. Dans les contes de fées, les animaux parlent, les objets se déplacent, tout change, et ils sont déjà subversifs, parce qu’ils nous font comprendre que notre monde est bien plus grand que nous l’imaginions. » 

 

 

Avec l’intervention du chanteur, d’autres médias se sont emparés du sujet, comme le New York Times, ou Le Monde, reprenant le commentaire du chanteur. Mais Brugnaro n’en démord pas, et continue de s’opposer à ces livres dans lesquels, au sein d’un couple, le papa est également une maman. « L’espèce humaine a une origine précise : on vient d’une mère et d’un père. Amen », lance-t-il depuis Twitter. D’ailleurs, il précise que la ville n’a finalement retiré que deux ouvrages des bibliothèques scolaires : deux de trop ? 

 

Qu’importe : à ceux qui protestent pour ces livres, il répond qu’il existe « une grande différence entre les choix personnels et les choix éducatifs dans les écoles maternelles ». Et d’ajouter qu’un enfant de trois ans ne saurait faire la distinction entre une famille telle qu’il l’entend, et le monde tel qu’il peut exister. 

 

Au départ, une liste de 40 ouvrages était concernée par la censure municipale. Elle avait été établie par les services du précédent maire, qui souhaitait introduire de nouveaux ouvrages dans les écoles. De fait, l’opposition s’est rapidement indignée : « Le maire se comporte comme s’il était sorti des pages d’un magazine des années 40 », enrageait Camilla Sibezzi, conseillère à l’origine de cette liste

 

L’idée de s’en prendre de la sorte à des ouvrages jeunesse prônant la tolérance est tout de même saugrenue. « Tout d’abord, il fournit une liste de livres qu’il bannit des écoles, démontrant le courage de ses actions et le peu de transparence. J’appelle le maire à un débat public sur ces questions », affirmait-elle.

 

Le maire n’a jamais démordu de sa ligne : « Les parents sont libres de faire leurs propres choix [...], mais à l’école, il convient de garder à l’esprit que pour la majorité des gens, il n’y a qu’un papa et une maman. » Il revient donc à l’État d’éduquer ? 

 

Cette attitude semble avoir quelque peu évolué depuis : « Je viens de dire qu’avant l’adoption de ces livres, nous devons avoir une discussion avec les parents. S’ils sont d’accord, je n’hésiterai pas à les adopter », garantit Brugnaro. Presque un revirement... (via Panorama)


Pour approfondir

Editeur : Magnard
Genre : textes et...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782210761513

La fable de Venise

de Hugo Pratt

Cette bande dessinée occupe une place particulière dans l'oeuvre de Pratt. Le mystérieux héros, marin au long cours, Corto Maltese, revient dans sa ville natale, Venise, et nous emmène avec lui dans un envoûtant périple.

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