Polémique : qui a touché la prostate de François Mitterrand ?

Clément Solym - 29.03.2012

Edition - Les maisons - François Mitterrand - prostate - Bernard Debré


Dans Le livre noir des médecins stars, d'Odile Plichon (Stock), on trouve David Kayat ou Stéphane Delajoux, bref les noms habituels sur lesquels il ne reste plus grand-chose à dire (peut-être plus à faire). Mais aussi Bernard Debré, chirurgien et député UMP, qui d'après l'auteur, mène une entreprise de « mystification : se faire passer, depuis vingt ans, pour le chirurgien qui opéra François Mitterrand... ». La polémique est lancée.


« En 2012, le cas de l'urologue Bernard Debré, 67 ans, interpelle, tant sa liberté paraît absolue. » Ainsi commence le portrait au vitriol du chirurgien par Odile Plinchon, dans un chapitre du Livre noir des médecins stars. L'auteure attaque frontalement Bernard Debré, en l'accusant de mentir sur un fait d'armes : l'opération de François Mitterrand pour un cancer de la prostate, en septembre 1992.

 

 

L'opération aurait en fait été menée par le professeur Adolphe Steg, et Debré, alors qu'il dirigeait déjà le service urologie de l'hôpital Cochin, aurait profité de l'occasion pour s'afficher aux côtés du Président de la République. Et ainsi bénéficier de son aura d'homme public : d'après l'auteure, les fauteuils de la salle d'attente de Debré se seraient usés bien plus vite après ce petit coup de projecteur médiatique... Plinchon rapporte aussi dans le même chapitre une confidence de Mitterrand sur Debré : « il n'a jamais soulevé ma chemise » aurait-il confié à un autre chirurgien, en 1995.

 

L'accusé a immédiatement démenti cette « affabulation diffamatoire », citations des communiqués de presse de l'Élysée à l'appui. Quant au professeur Steg, il a confié à l'auteure que Bernard Debré « était alors le chef du service où se déroulait l'intervention. À ce titre, il est passé dans le bloc opératoire et a assisté à une partie de l'intervention. » « Assister ne veut pas dire opérer » conclut la journaliste, qui avance également que Steg a voulu porter l'affaire devant le Conseil National de l'Ordre des Médecins, avant de se raviser. Steg a vivement démenti, rappelant au passage « son amitié pour Bernard Debré ».

 

Finalement, la polémique est doucement en train de glisser de la table d'opération aux urnes, puisque le maire du XVIIe arrondissement de Paris, Brigitte Kuster, dissidente UMP et opposé à Bernard Debré dans la course aux législatives, a moqué ses « petits arrangements avec la vérité ». 

 

À la sortie de sa première opération, Mitterrand avait déclaré que l'intervention, « bien plus bas que la tête », s'était bien déroulée. « Bien plus bas que la tête », un peu le niveau du débat politique, en l'occurrence.


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