Politique du livre et lecture : Abidjan accueille les libraires d'Afrique subsaharienne

Cécile Mazin - 17.10.2017

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Du 9 au 11 novembre prochain, l’Association internationale des libraires francophones en partenariat avec la librairie de France, organise un séminaire de libraires à Abidjan avec une vingtaine de libraires représentant plus de douze pays d’Afrique (Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mauritanie, Niger, République Démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal, Tchad, Togo).


Des professionnels du livre ou responsables politiques (éditeurs, représentants du Ministère de la Culture de Côte d’Ivoire, de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire, de la Centrale de l’Edition) seront également invités.



 
 

L’association internationale des libraires francophones (AILF) s'impliquee depuis sur le territoire africain depuis sa création en 2002 puisqu'un tiers de son réseau, composé d’une centaine de libraires dans le monde est représenté par des libraires exerçant en Afrique subsaharienne.
 

C’est d’abord à travers des rencontres professionnelles que l’AILF manifeste sa présence en Afrique, avec, à son actif, près d’une vingtaine de rencontres depuis 2003. Des formations thématiques dans un seul pays à des séminaires sous régionaux, des états des lieux ou des accompagnements individualisés, tous les formats ont été imaginés pour répondre au mieux aux questionnements et problématiques des libraires. Depuis la dernière rencontre sous régionale de Dakar en 2014, un état des lieux a été réalisé en Guinée par Loubna Fawaz, administratrice de l’AILF. L’occasion de faire un coup de projecteur sur les libraires et institutionnels guinéens au moment du lancement de « Conakry, capitale mondiale du livre ».
 

C’est ensuite à travers la Caravane du livre et de la lecture que l’AILF s’implique sur le territoire africain à travers les membres de son réseau œuvrant dans une dizaine de pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Burkina-Faso, Burundi, Côte d’Ivoire, Guinée, Mauritanie, Niger, République Démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal, Tchad).

Véritable festival littéraire, cette manifestation permet de faire découvrir des ouvrages de littérature africaine contemporaine aux populations des provinces et capitales d'Afrique avec des ateliers et animations itinérantes gratuits.
 

Des besoins supplémentaires


Toutefois, cela ne suffit pas à résoudre toutes les problématiques que rencontrent les libraires africains et qui préoccupent aussi les pouvoirs publics français. En effet, depuis mars 2017, l’AILF a souhaité réunir des partenaires institutionnels (Centre national du Livre, Bureau international de l’Edition française, Ministère des affaires étrangères, Centrale de l’Edition) pour réfléchir à la situation difficile notamment en terme de trésorerie que rencontrent les libraires générales à l’étranger et notamment africaines.
 

Le faible pouvoir d’achat local, la difficulté d’accès à des marchés publics locaux, l’absence de politiques publiques du livre, l’absence d’un véritable réseau de distribution inter africain et le cout des frais d’approches sont autant d’éléments rendant la pratique du métier complexe.

Pour toutes ces raisons, l’AILF a opté pour travailler lors de ce séminaire sur le relationnel commercial des libraires avec l’ensemble de leurs partenaires (commanditaires d’appels d’offres et marchés publics, éditeurs et distributeurs implantés en Afrique et en Europe, institutionnels locaux et représentants d’institutions culturelles françaises, etc.)


Le séminaire sera ainsi orienté par six thématiques
 

  1. La circulation du livre en Afrique et le relationnel avec les éditeurs africains

  2. L’accès aux appels d’offre et marchés publics

  3. Les usages commerciaux et relations avec les éditeurs

  4. Les politiques publiques en faveur du livre et de la lecture

  5. Les relations avec les institutionnels en France et localement

  6. La Caravane du livre et de la lecture


 

Circulation entre pays d’Afrique difficile et contraignante


Les libraires travaillent avec une poignée d’éditeurs africains et opèrent leurs choix en fonction de leur proximité géographique. Une partie des éditeurs sont installés dans les pays où exerce le libraire ou dans des pays frontaliers. Parmi les éditeurs cités, Classiques Ivoiriens en Côte d’Ivoire, CLE au Cameroun, Gandall en Guinée, Graines de Pensées au Togo, Ruisseaux d’Afrique au Bénin et Eburnie en Côte d’Ivoire.

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Les commandes peuvent être liées aux opportunités de rencontres, aux commandes spéciales de clients, à la présence d’une connaissance de l’éditeur dans le pays du libraire mais la relation peine à s’établir pour des raisons logistiques, commerciales, économiques, sécuritaires ou relationnelles. Des liaisons transfrontalières semblent efficaces dans la sous-région mais elles dépendent du mode de transport choisi (transport routier, ferroviaire ou aérien).
 

Pour développer les relations avec les éditeurs, nous avons proposé, dans le cadre de l’enquête, une réflexion partant du protocole d’accord sur les usages commerciaux de l’édition avec la librairie en France. Il s’agit de réfléchir, en l’absence d’usages commerciaux à l’international, à des clauses qualitatives et quantitatives pouvant servir de charte de bonne conduite.
 

L’accès aux appels d’offres


La majorité des libraires a déjà répondu à des appels d’offres d’organismes internationaux ou nationaux. Toutefois, quantité d’obstacles s’opposent au succès de l’opération comme le problème de la polycopie des professeurs qui les vendent aux apprenants en lieu et place des ouvrages officiels recommandés par l’État ou la concurrence exercée par de grandes maisons d’édition.

Il semblerait cependant que «lorsque l’appel d’offres est lancé par une institution internationale résidant au pays, la transparence est plus simple (représentation de l’Union Européenne au Bénin, Coopération Belge CTB, Catholique Relief Service, GIZ) ». C’est ce que souligne Prudientienne Gbaguidi Houngnibo, Librairie Notre-Dame, Bénin.
 

Les politiques publiques en faveur du livre et de la lecture
 

La question des politiques publiques se posent régulièrement puisque à peine 15 pays au monde ont adopté une loi qui régule le prix du livre. Toutefois, il semblerait que des projets existent dans certains pays d’Afrique. Dans 3 pays, une loi serait en préparation (au Burkina Faso, en Guinée où une Loi est en cours d'élaboration dans le cadre de Conakry, Capitale Mondiale du livre 2017 puis en Côte d’Ivoire). Selon Brahim Soro de la librairie de France à Abidjan, « une loi existe mais elle n’est pas encore en application car les décrets d’application n’ont pas encore été mise en œuvre ».
 

Consciente de l’ampleur du travail à mener, l’AILF s’associe au travail de recueil d’informations mené par l’Alliance internationale des Editeurs indépendants à travers son coordinateur francophone Serge Kouam pour dresser un état des lieux sur les politiques publiques en Afrique Subsaharienne, projet phare de l’observatoire de la diversité lancé par l’AIEI.
 

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