Pologne : les chaînes innovent davantage que les libraires indépendants

Julien Helmlinger - 15.07.2014

Edition - International - Pologne - Chaîne de librairies - Industrie de l'édition


Toujours moins d'enseignes de libraires indépendants en Pologne au fil du temps qui passe, mais des grandes chaînes qui étendent et diversifient leurs services à travers le pays. Le marché local de la librairie indépendante se caractériserait actuellement, et pour des années encore, par sa fragmentation. L'on observerait en revanche une concentration des ventes entre les mains d'acteurs franchisés, touchant parfois à d'autres biens culturels comme la musique, les films et jeux vidéo. Celle-ci se fait au détriment de spécialistes de la lecture, qui sont réputés plus frileux quand il s'agit d'innover et se constituer des avantages concurrentiels.

 

 

 

 

Sur l'ensemble du territoire polonais, selon la Polska Izba Ksiazki, Chambre polonaise du livre,  on dénombrerait en moyenne 0,48 librairie pour 10.000 habitants. Un bilan de couverture qui semble très faible en comparaison aux Pays-Bas et son score de 1,29 librairie, ou encore à la France qui revendique 1,69 enseigne pour le même nombre de résidents. Toujours selon la Chambre, entre 2008 et 2012, le nombre de librairies présentes sur le marché serait passé de 2580 à 2250, soit une baisse de 12,8 %. 

 

Dans le pays, la Izba Ksiegarstwa Polskiego, association défendant les intérêts des libraires indépendants, ne comporte que 107 membres. Le marché indé, fragmenté, resterait très largement dominé par celui des deux grandes chaînes que sont Empik et Matras. Ces derniers rivaux, quant à eux, ne manqueraient pas de plans d'expansion et d'expérimentations de nouveaux formats de magasins, qui concernent généralement des lieux fournis en clients potentiels comme les centres commerciaux, centres-villes, et autres gares...

 

Matras, librairies à renfort de café et d'événements

 

La seconde chaîne de librairies polonaise, Matras, a été récemment acquise par l'homme d'affaires Jerzy Kowalewski, qui n'avait pas été le seul acheteur potentiel à avoir exprimé son intérêt pour l'enseigne au cours de ces deux dernières années écoulées. Aucun chiffre n'a été dévoilé quant au rachat, mais des observateurs estimeraient la facture à plus de 15 millions d'euros. L'ambition annoncée par le businessman n'est autre que d'évincer le leader du marché, Empik, notamment en modernisant les 174 boutiques de la chaîne.

 

À ce jour la chaîne revendique des espaces de ventes dimensionnés entre 50 et 250 m², pour des catalogues comprenant entre 5000 et 35.000 titres disponibles. Kowalewski va probablement allouer d'importants fonds supplémentaires pour développer ces statistiques. Dans tous les cas, Matras se risque d'ores et déjà sur un terrain qui n'a pas encore convaincu les indépendants Polonais, en proposant aux clients de consommer leur café en librairies, ainsi que des espaces événementiels pour héberger des manifestations liées au livre.

 

Empik, chaîne culturelle qui vise les villes mal pourvues

 

Il ne sera toutefois pas facile de détrôner le leader du marché. Car celui-ci entend également développer ses activités dans le pays. D'ici la fin de l'année 2014, ses objectifs seraient de tourner avec au moins 215 points de vente, non seulement dans les grandes villes comme Cracovie et Varsovie, mais également dans des agglomérations plus modestes et dans lesquelles la chaîne se trouve encore absente.

 

Le directeur Olaf Szymanowski a ainsi pointé comme nouvelles cibles d'implantation des localités comme Mlawa, Brodnica, Grojec ou encore Kutno. Des villes dans lesquelles la population manquerait parfois d'accessibilité aux livres. Et notamment au moment des lancements de nouveaux titres qui ne sont pas forcément disponibles dans les bibliothèques locales.

 

À noter toutefois que la société Empik focalise moins son business sur le livre que son rival Matras. La chaîne commercialise la lecture comme elle le fait pour la musique, les films et autres jeux vidéo, qui génèrent souvent des parts conséquentes de l'activité de la maison. Si bien que la chaîne éviterait de qualifier ses boutiques de librairies et que ses séances de dédicaces ne concerneraient que rarement des écrivains.

 

(via PublishingPerspectives)