Pornographie juvénile : un auteur québecois acquitté, la fiction soulagée

Clément Solym - 25.09.2020

Edition - Justice - Pornographie juvénile justice - procès Québec écrivain - Hansel Gretel horreur


Accusés de pornographie juvénile, l’écrivain Yvan Godbout et son éditeur, Nycolas Doucet, viennent de remporter une victoire. La justice québécoise a tranché en leur faveur, acquittant les deux hommes. Le roman Hansel et Gretel, au coeur du procès, aura été trainé dans la boue, mais se retrouve dédouané.


 

« Nous avions déclaré notre incompréhension face aux démarches de la Couronne pour censurer une œuvre de fiction et punir son auteur sur la base de quelques lignes dénonçant, dans un style certes cru, une agression insupportable menée par un personnage qualifié de monstre », rappelle Laurent Dubois, directeur général de l’Union des écrivaines et écrivains québécois. 

De fait, une condamnation aurait entraîné un précédent dans l’écriture de fiction, avec des conséquences  que redoutait l’industrie du livre outre-Atlantique. 

Ayant comparu le 15 avril 2019, les deux hommes devaient répondre, au sein d’un ouvrage d’horreur, d’un passage trop sensible. On y retrouvait une scène d’agression sexuelle d’une fillette de 9 ans par son père, un passage jugé « trop explicite », selon une première plainte déposée en avril 2018. 

« Il est regrettable que l’écrivain Yvan Godbout et sa maison d’édition aient eu à subir de telles accusations, avec les conséquences et répercussions douloureuses qui en ont été le lot », commente Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ.
 

La fiction en danger


La Cour supérieure, dans son jugement, est par ailleurs allée plus loin qu’un simple acquittement. En effet, c’est toute l’accusation qui est remise en cause. Les articles du Code criminel, modifiés en 2005, permettent en effet de s’en prendre à des oeuvres de fiction, pourtant protégées de par leur caractère… fictionnel.

Cité par Le Journal de Montréal, le juge Marc-André Blanchard indiquait : « De nombreuses personnes et institutions publiques, on pense à des bibliothèques universitaires, municipales ou scolaires ainsi que des librairies, se retrouvent potentiellement en position de faire l’objet d’accusations [...] puisqu’elles possèdent, prêtent ou vendent de telles œuvres. »

Selon l’interprofession, les modifications apportées – notamment dans le cadre de la pornographie juvénile – devraient être révisées, de sorte que les artistes soient à l’abri de poursuites similaires – et afin que la liberté d’expression ne soit plus mise en danger. 

« Un vaste pan d’une certaine littérature pornographique, contenant des passages de pédopornographie, se trouve visé par cette nouvelle définition du Code criminel », poursuit Marc-André Blanchard, dans Radio Canada.

Si la grande majorité des cas de pornographie juvénile a trait aux vidéos et photos, le cas de l’écrit, en tant qu’oeuvre de fiction, pose un sérieux problème. L’avocat d’Yvan Godbout, Jean-Philippe Marcoux pointe ainsi que « la loi demeure constitutionnelle pour quelqu’un qui va activement encourager le passage à l’acte dans un écrit. Ce sont les récits qui ne font que décrire ces activités-là, comme dans le cas du roman d’horreur de mon client, qui ne pourront plus être accusés en fonction de la loi actuelle ».

Et l'UNEQ de conclure : « Nous saluons, au nom de toutes les écrivaines et tous les écrivains québécois, le courage de cet auteur qui a dû mener un combat éprouvant. Pendant des mois, il a vécu avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête : une éventuelle peine de prison de 14 ans. Son combat, c’est aussi le nôtre. »


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