Pour 2016 ? Une concurrence plus saine pour les librairies

Nicolas Gary - 28.12.2015

Edition - Librairies - librairies britanniques - année concurrence - Amazon livres


L’année n’est pas encore achevée et en dépit du succès revendiqué de l’opération Civilised Saturday – par opposition aux campagnes marketing Black Friday et Cyber Monday – les libraires britanniques restent sous pression. Tim Godfray, l’actuel directeur de la Booksellers Association, fait un bilan malgré tout encourageant de 2015. 

 

Daunt Books, Marylebone, W1

Ewan Munro, CC BY SA 2.0

 

 

Évoquons cette étrangeté : le Civilised Saturday. Il s’agissait, avec cette opération, de trancher avec la folie des achats opérés le vendredi précédant Thanksgiving. Une mode qui a plusieurs années maintenant, et que les librairies britanniques ont décidé de remonter à contre-courant avec un accueil spécifique des clients, du thé, des petits gâteaux, et ainsi de suite.

 

Un « fantastique succès », assure-t-on, alors même que le principe est inquantifiable, ou presque – sinon dans les ventes de livres opérées au cours de la journée ? En devenant le contrepoint des très capitalistiques Black Friday et Cyber Monday, la librairie indépendante britannique se voulait porteuse d’un message fort. Même l’acteur hollywoodien Pierce Brosnan a été aperçu dans la boutique de Sheila O’Reilly, Dulwich Books. (via The Bookseller)

 

Sortir les clients des grands magasins, leur offrir un service plus douillet, cosy et tout aussi efficace : voilà l’essence même d’une opération qui reprendra sans aucun doute l’année prochaine. « Je pense que Civilised Saturday est une belle idée pour être l’antithèse de Black Friday, surtout pour une petite boutique. Les clients s’attendent à avoir des rabais considérables pendant le Black Friday et les petits commerces ne peuvent pas leur offrir », expliquait Jasmine Denholme de Wenlock Books à Shropshire.

 

 

 

Mais les grands moments de convivialité ne doivent pas faire oublier que la situation est loin d’être rose : Tim Godfray reprend son boulier et constate que 31 librairies ont disparu au cours des 11 premiers moins de l’année. Et de pointer encore et toujours la concurrence avec Amazon. Cependant, en 2014, ce sont 50 boutiques indépendantes qui ont fermé leurs portes, ce qui pourrait indiquer que le taux se ralentirait. 

 

De même, les ventes seraient en hausse de 6 % sur les 51 premières semaines de l’année, selon les données Nielsen, et 5 % selon celles de l’analyste Springboard. Il salue également quelques succès de librairie, accompagnés des campagnes de communication impulsées par la Booksellers Association et la Publishers Association. Des sacs Books Are My Bag, des mugs et autres produits dérivés permettent, à moindre coût, d’apporter un soutien aux commerces. 

 

Reste que pour 2016, plusieurs travaux sont encore sur le métier. La Booksellers Association a en effet envoyé à l’Autorité de la concurrence et des marchés un mémo de 300 pages, que la DG Concourrence de Bruxelles a également reçu. Ce dernier relève d’un questionnaire rempli anonymement par des libraires et des éditeurs, et portant sur leur profession et les difficultés rencontrées. 

 

Sachant que la Commission européenne a lancé en juin dernier une enquête sur la commercialisation des livres numériques par Amazon, toute information est bonne à communiquer. « Amazon a développé une activité florissante qui propose un service complet aux consommateurs, y compris en ce qui concerne les livres numériques. Notre enquête ne met pas en cause cet accomplissement », indiquait Margrethe Vestager, commissaire responsable de la politique de la concurrence.

 

« Nous espérons que toutes nos approches mèneront à l’amélioration de l’environnement commercial en 2016 », conclut Tim Godfray. (via The Bookseller)