Pour aider le livre en Italie, les éditeurs réclament 200 millions € au ministre

Nicolas Gary - 19.05.2017

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#salto30 — Peut-on dépasser la crise du livre ? Et surtout, comment les moyens législatifs viendraient en aide à l’ensemble des acteurs de l’édition ? Au cours d’une rencontre réunissant l’interprofession — à l’exception de représentants de bibliothèques —, libraires et éditeurs évoquaient l’un des futurs enjeux majeurs : la révision de la loi Levi, équivalent de la loi Lang en France.

 

Table ronde sur la loi Levi
Bruno Mari, Paolo Ambrosini, Andrea Palombi, Roberto Calari, Cristina Giussani et Federico Motta
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Mi-avril, le projet d’un député du Parti démocrate (celui de Matteo Renzi) portait l’idée d’instaurer une remise maximale sur le prix de vente des livres. En s’alignant sur le modèle français, une remise plafonnée de 5 % est envisagée, avec toutefois quelques écarts possibles – 10 % pour lors de manifestations littéraires, et 20 % pour la vente aux communautés.

 

Cette solution semble convenir à l’ensemble des intervenants, mais chacun aimerait apporter des nuances. C’est que, rappelle-t-on, les premiers mois de l’année sont porteurs de signes négatifs : le marché ne se porte pas bien, à l’image de ce que les autres pays européens peuvent vivre. Point positif : « Le Salon du livre de Turin est bien vivant, et les gens arrivent en courant », plaisante Andrea Palombi, directeur éditorial de Nutrimenti, et animateur de la rencontre. 

 

Plus sérieusement, en revanche, le pays compte des centaines de librairies indépendantes en difficulté, rappelle Paolo Ambrosini, président de l’Associazione Librai Italiani. « Il faut une volonté politique d’agir, et alors pourrait-on obtenir autant que l’industrie du cinéma », affirme-t-il. Récemment, le ministre de la Culture Dario Franceschini a en effet annoncé plusieurs centaines de millions d’euros de soutien. 

 

Il est dans tous les cas nécessaire de revoir la situation actuelle. « Au cours des années, le marché a profondément changé, et ces derniers temps, nous assistons à une grande mortalité chez les libraires. La loi Levi a maintenu un équilibre lors de son adoption, mais ce dernier est fragilisé à mesure que les canaux de vente se sont diversifiés », insiste Bruno Mari, président de Giunti Editore — qui dispose également de sa chaîne de librairies.

 

Roberto Calari, président de l’Alleanza delle Cooperative Italiane Comunicazione, précise : « Le problème est que si l’Italie a la capacité de créer de nouvelles opportunités commerciales, la situation reste terrible, car les marges se réduisent jusqu’à rien pour les libraires. » Un prix libre serait-il la solution ? Pas vraiment, ajoute-t-il : « Si l’intervention législative et la modification de la loi se déroulent rapidement, alors elle sera efficace. Nous tous, protagonistes de la vie éditoriale, souhaitons la survie de la filière. »

 

Et défendre la diversité de publication dans le pays. Le fait est que la loi Levi est apparue à l’époque où trois canaux de vente coexistaient : librairies indépendantes, chaînes et grandes surfaces. À mesure que d’autres intervenants se sont présentés — Amazon en 2010 en est le dernier exemple — les équilibres furent brisés. 

 

D’autant que c’est sur les grandes surfaces — d’une façon très similaire à ce qui s’est déroulé en France — que les ventes en ligne ont participé à la cannibalisation des ventes. Le tout dans un marché qui au cours des sept dernières années, a régulièrement décliné — avec un léger mieux en 2015 et 2016.
 

400 millions € pour le cinéma, le livre en vaut bien la moitié, non ?

 

Federico Motta, président de l’Association des éditeurs italiens, ne manque pas l’occasion : « Les grandes surfaces peuvent parfois être l’unique solution pour accéder à des livres, dans certains territoires du pays. Nous devons continuer de faire des livres, et de les faire bien. » 

 

Pour l’AIE, la modification proposée pour la loi Levi n’est cependant pas la solution : « Attention, nous ne disons pas que nous y sommes opposés, mais simplement que tout ne sera pas résolu uniquement avec ce point. Nous devons avant tout vendre plus de livres, c’est-à-dire faire en sorte que les Italiens lisent plus. La remise de 5 % est une régulation nécessaire, qui appelle d’ailleurs un système de contrôle et de sanctions efficaces. »

 

Mais plus encore qu’une approche législative, qui serait incomplète, l’Association des éditeurs italiens réclame un soutien financier de la part de l’État. En novembre 2016, Dario Franceschini avait en effet annoncé la constitution d’un fonds de 400 millions € minimum, qui servirait au financement de l’industrie du cinéma. « Nous ne demandons pas un montant équivalent, mais la moitié, en regard de ce que représente l’industrie du livre en Itlien. Ce serait la meilleure aide que l’on puisse accorder au secteur », conclut Federico Motta.

 

Pour Cristina Giussani, président de l’Organizzazione dei librai di Confesercenti, il serait aussi bon de penser à travailler avec les bibliothèques. « Nous, libraires, sommes les promoteurs de la lecture dans le pays, mais tous les acteurs devraient être invités aux tables de réflexion. Dans le cadre de cette législation, les bibliothèques sont aussi concernées. »

 

Et de pointer qu’à ce jour, contrairement à la législation française qui encadre les ventes aux établissements publics, avec une remise plafonnée à 9 %, l’Italie ne dispose pas d’un pareil système. « À ce titre, les librairies italiennes sont clairement mises hors jeu, parce que nous n’avons pas de régulation, et que les bibliothèques ne sont pas impliquées. »