Pour assurer sa conservation, l'avénement du "livre durable"

Cécile Mazin - 14.01.2013

Edition - Les maisons - livre durable - stockage des données - conservation des livres


Le stockage de livres est un enjeu d'avenir, aujourd'hui abordé par le prisme numérique. Cependant, les éditions Prisma décident de prendre à rebrousse-pied les idées contemporaines, avec la publication d'un ouvrage bien spécifique, une forme de « livre durable », pour laquelle plusieurs faisceaux de compétences ont été sollicités. 

 

 

 

 

Si le livre Guerre et Nature, de Jean-Michel Valentin, n'a toutefois pour propos de traiter de la conservation des données ni des oeuvres, son sujet tourne autour de la question des enjeux environnementaux auxquels les États-Unis font face, et plus particulièrement les forces militaires, ainsi que la CIA.

 

Dans ce texte, l'auteur « décrypte dans ce nouvel ouvrage les récents mouvements stratégiques opérés par la première armée de la planète en prise à un Nouveau Monde, dont le climat change, où l'abondance n'a plus cours et où l'armée américaine et la CIA s'approprient les questions posées par le développement durable ».

 

Cependant, si la forme diffère du fond, c'est cette première qui retient en grande partie l'attention. Ainsi, le Département de la Conservation de la BNF a été sollicité pour la création d'un cahier des charges de fabrication d'un "livre durable".

 

« L'idée était de lancer les premiers pas d'un processus de fabrication qui tienne à la fois compte de l'expertise de la conservation papier et des contraintes d'un compte d'exploitation. Cette approche va à l'encontre de l'usage des papiers recyclés qui, du point de vue de la conservation des documents, reste une aberration. Il s'agit d'un début de réponse à la coalition des deux formes de diffusion de contenus, numérique et papier », précise David d'Equainville, l'éditeur.

 

« Concernant la fabrication des encres, la technique a fortement évolué ces dernières années pour aller de plus en plus vers une démarche écologique se démarquant le plus possible des produits pétroliers et minéraux et utilisant désormais des composants végétaux tout en conservant et améliorant la tenue de l'encre. Il en va d'ailleurs ainsi également pour les encres dites alimentaires qui se sont fortement développées dans la dernière période pour répondre aux obligations sanitaires et à la réglementation », précise pour sa part l'imprimeur.

 

Pour les amateurs, quelques données techniques sur la réalisation

 

Papier : Carte 1 face Ensocoat pour la couverture 250 g + conforme à la norme Iso 9706. Cocoon 90 g pour l'intérieur (papier Cocoon a la norme DIN6738, norme d'archivage).
Impression : Dans ce domaine, il y a peu de choix. Si le support papier est de bonne qualité, les chances de conservation sont du bon côté de la balance.
Finition : Un vernis acrylique au recto de la couverture.
Façonnage : Dos carré collé (colle Hotmel) ; d'un point de vue technique la solution des colles PUR est intéressante dans sa réponse de résistance mécanique, d'un point de vue chimique et de durabilité, le polyuréthane n'est pas adapté. Le mieux est de choisir l'option cahier broché avec un minimum de colle sinon, par défaut, un dos carré-collé avec une colle Hotmel, ce qui a été fait.

 

Dans l'avant-propos du livre, l'éditeur ajoute que la réflexion autour de cette publication, dépasse de loin la simple parution de l'ouvrage. De fait, il s'agit bien de prendre en compte la réalité de la conservation des livres, qui, dans un écosystème numérique, ne sont pas réellement épargnés, et ne résistent pas nécessairement mieux à l'épreuve du temps, parce qu'ils ont été numérisés. 

 

C'est qu'en parallèle de cette numérisation, des livres sortent aujourd'hui sur des matériaux qui n'en favorisent pas la conservation non plus. « Les feuilles, lorsqu'elles sont recyclées, ont des fibres trop courtes pour résister aux dégradations (mécaniques par exemple). Certaines colles participent à l'acidification des papiers. D'autres, de la famille des polymères, sont instables. Les encres subissent les assauts de la lumière, de l'abrasion, de la migration de ses éléments. »

 

L'idée de mettre en place une édition qui serait tout à la fois respectueuse d'impératifs écologiques, et de conservation prendrait alors tout son sens, pour assurer que les livres soient bien accessibles, pour des siècles et des siècles.

 

Amen ?