Pour conserver tout Sauramps, investir “de l’argent de manière irraisonnée” (Bougerol)

Nicolas Gary - 12.06.2017

Edition - Librairies - Benoît Bougerol Sauramps - librairie Sauramps Montpellier - Sauramps redressement judiciaire


Benoît Bougerol compte parmi les repreneurs qui se sont présentés pour Sauramps. Alors que le patron de La maison du livre de Rodez s’était manifesté bien avant que le groupe de librairie ne soit en redressement judiciaire, il ne s’intéresse plus qu’à l’établissement d’Alès (Gard). Montpellier, devenu trop compliqué ? 

 

La maison du livre (Rodez)
La maison du livre de Rodez (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

 

À l’époque où le groupe Sauramps était mis en vente, Benoît Bougerol avait présenté une offre globale, même si certaines difficultés se posaient. « Désormais, je ne réponds que sur Alès, parce qu’en somme, depuis octobre, les lignes n’ont pas bougé. La première difficulté est celle des baux : pour Triangle comme pour Odyssée, rien n’a changé. » 

 

Et à ce titre, l’offre actuelle de Furet, qui introduit des conditions suspensives, devra parvenir à trouver une solution avant le 26 juin. « Le tribunal ne négocie pas une offre de redressement judiciaire : soit l’on prend, soit l’on ne prend pas. Les conditions suspensives ne sont pas recevables. » Pour le Furet, la reprise de Triangle est en effet conditionnée à ce que le bail soit renégocié et revu à la baisse, ainsi qu’accompagné de travaux.

 

« Le rétrécissement de mon offre à Alès est alors peu de choses, en regard des deux autres propositions formulées. À la différence de Furet, je préserverai plus d’emplois sur la librairie, mais, tel que je vois les choses, nos deux offres seront balayées par celle de M. Fontes. » L’architecte et homme d’affaires montpelliérain reprend en effet l’ensemble des sites et toutes les sociétés du groupe Sauramps

 

Une approche « extravagante »

 

Entre les offres de Furet et de Benoît Bougerol, il n’y aurait que peu de place pour le doute. Mais ce dernier s’interroge malgré tout sur la faisabilité du projet : « Il faudra investir de l’argent, d’une manière irraisonnée ou irraisonnable, pour conserver les librairies. Or, seules 85 personnes resteront en poste : en reprenant tous les sites, c’est économiquement étonnant. »

 

Par un bref calcul, cela revient en effet à considérer que chaque salarié réaliserait 300.000 € de chiffre d’affaires. Autrement dit, le double de ce que l’on voit dans de petites librairies, mais surtout, même pour des établissements gérés au cordeau, pareil résultat semble invraisemblable. « En l’occurrence, il y a des millions d’euros d’économie à réaliser : on ne peut pas toucher au loyer, il n’existe pas beaucoup d’autres alternatives. »
 

Furet du Nord : “Préserver Sauramps et les librairies de province, un enjeu d'avenir“


« Conserver 85 personnes rendrait la situation complexe, mais, selon l’organisation et les postes conservés, c’est encore réalisable », nous assure un proche du dossier. « Les choix effectués à cette heure ne sont en revanche pas forcément les bons. »

 

Cela dit, pour maintenir les 25 millions € de chiffre d’affaires réalisés en 2016, un calcul simple s’opère : vendre grosso modo 2 millions de livres à 12 €. « C’est possible avec une offre dont la rotation serait extrêmement rapide », analyse un libraire du sud-est. « Autrement dit, éliminer tous les livres qui ne se vendent qu’à un exemplaire dans l’année, favoriser ceux qui se vendent à deux exemplaires minimum, et en multiplier l’efficacité par deux. Le succès au titre doit alors être considérable... C’est extravagant. »

 

Donc, peu de diversité dans les livres, intégrer une offre avec une meilleure rentabilité – papeterie, etc. –, et de la vente en masse. « C’est un type d’offre qui serait très repérable, et délaisserait ces livres qui ne tournent pas. C’est le type de catalogue très normé et centralisé que l’on retrouve chez Cultura, loin de ce que peut être Sauramps – et même loin de ce que serait l’offre d’une librairie de grande ville comme cela peut être le cas pour Montpellier. » 

Le cas Sauramps doit être un peu nuancé : dans cette approche, les seules marges réalisées sont celles du livre. Le groupe Sauramps produit un chiffre d’affaires qui comprend les marchés professionnels, ou encore les produits hors livres. « D’autant plus que si, socialement, le projet est drastique, le projet commercial de François Fontes explique clairement qu’il souhaite développer les produits à marge », poursuit un proche du dossier.

 

Des bailleurs fatigués, et difficiles à convaincre

 

L’évidence, aujourd’hui, c’est que l’offre de François Fontes couvre un périmètre plus large, et que la société qui la porte dispose d’une surface financière importante. « En reprenant Odysseum, ils disposent d’une méthode de gestion que je ne connais pas, ou alors, nous n’avons pas lu les contrats de la même manière », s’interroge Benoît Bougerol.
 

Benoit_Bougerol_Rencontres_librairies_Bordeaux_2013
Benoît Bougerol - ActuaLitté, CC BY SA 2.0



« Pour la bonne tenue de son offre, il sera impératif de reprendre plus de personnes », poursuit-il. D’autant que développer le chiffre d’affaires, et maintenir les 25 millions actuels, ne s’effectuera pas sans peine. « Avec la présence de Cultura, celle de Fnac, c’est déjà extraordinaire de voir Triangle et Odyssée parvenir, avec une baisse malgré tout, de maintenir cette activité. »
 

« Peut-être sera-t-il en mesure de financer deux ou trois années de pertes, avant d’envisager de redévelopper le chiffre d’affaires de Sauramps. Mais à ce jour, et une expertise juridique me l’a confirmé, les loyers sont aberrants. On est autour de 400 € du mètre carré, auxquels s’ajoutent les charges. Dans les faits, on devrait être à 200 € du m2. »

 

Et de rappeler qu’en novembre, bien avant le redressement judiciaire, Benoît Bougerol avait déjà posé des conditions suspensives semblables à celles du Furet. Mais les bailleurs avaient aussi été agacés par l’intervention de Matthieu de Montchalin, avec une offre excentrique. « Aujourd’hui, en dépit de l’argent investi, les mêmes causes produisant les mêmes effets, d’ici 6 à 12 mois, les mêmes problématiques reviendront. M. Fontes peut se positionner par passion et envisager de sauver les établissements. Mais si dans deux ans, la situation redevient – ou reste – identique, qu’adviendra-t-il ? »