Pour devenir libraire, “il faut du courage, un bon moral et de la constance”

Nicolas Gary - 22.12.2016

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Le renouveau de la librairie indépendante donne à beaucoup le goût de reprendre un établissement, ou d’ouvrir leur propre librairie. La magie et la fascination des tables, peuplées de livres, cachent pour le libraire une réalité difficile, tant commerciale qu’humaine. Michel Deshors, Directeur du pôle formation de Book Conseil revient avec nous sur ce métier hors norme.

 

Librairies à Bordeaux

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

ActuaLitté : Devenir libraire, qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui ?

 

Michel Deshors : La première réponse qui me vient à l’esprit est « entrer en religion ». De façon plus pragmatique, c’est intégrer un univers passionnant et très vivant, c’est rencontrer encore et toujours des gens différents, c’est se sentir utile aux autres, c’est transmettre des coups de cœur.

 

C’est également réaliser des recettes, c’est travailler beaucoup et c’est aussi le plaisir de vendre des choses différentes chaque jour !

 

Quelles sont les idées reçues que vous relevez, qui peuvent s’avérer nuisibles pour se lancer ? 

 

Michel Deshors : La première idée reçue est de croire que le temps de lire est toujours disponible. Le bonheur de lire et de parler ensuite a avec passion de l’ouvrage dévoré à ses clients passionnés ne doit pas occulter tout le reste de la vie de la librairie : les commandes, les réceptions, les ventes, les retours, la comptabilité… Et oui ce n’est pas toujours aussi compatible qu’on le voudrait.


« J’aime tellement lire », disent les candidats au métier lors du premier tour de table aux sessions de formation. Et j’avoue recevoir la déclaration avec un peu de crainte. J’essaie alors de découvrir si, au-delà du lecteur, se trouve un animateur, un travailleur, un porteur de cartons, un commerçant. Il n’empêche qu’il vaut mieux aimer les livres !

 

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Quel est votre regard sur le secteur de la librairie à ce jour ?

 

Michel Deshors : Un regard bienveillant et plutôt optimiste. Une mauvaise image a accompagné la disparition des magasins Virgin et les difficultés de la chaîne des magasins Chapitre, mais j’ai le sentiment qu’elle s’estompe désormais.

 

La libraire se modernise, elle se fédère, elle trouve autour d’elle les remèdes à ses maux d’autrefois. Son avenir est dans ses mains. J’ai l’intime conviction qu’elle est sur un chemin qui s’éclaircit.

 

Comment abordez-vous les établissements dédiés à un marché (spécialisées jeunesse ou BD, etc.)

 

Michel Deshors : Ces magasins spécialisés font partie intégrante du tissu commercial de la libraire. Ils sont fort utiles de par leur spécialisation qui les amène à proposer des assortiments bien plus riches que les magasins généralistes.

 

Et ils sont souvent très efficaces et bien gérés. Ce qui est nécessaire, car leur fond est souvent conséquent et leurs rotations plus lentes. Sinon, les librairies spécialisées sont aussi et quand même des librairies qui suivent les mêmes règles que les librairies traditionnelles.

 

Comment intégrez-vous les différentes solutions d’aide (ADELC, aides à la trésorerie, etc.) ?

 

Michel Deshors : Qu’ils viennent d’un autre milieu professionnel ou qu’ils soient issus du monde de la librairie les libraires ont bien souvent un budget « un peu serré ». Si l’apport personnel doit s’avérer tout de même conséquent, la majorité des créateurs sont dépendants des subventions et prêts qu’ils peuvent solliciter et obtenir.

 

Le CNL, l’Adelc, les Drac, les régions, les CCI via leur réseau « initiative », parfois les communes ou même le crowdfunding sont utiles et bien souvent incontournables.

 

Et puis il ya les banques, les accueillantes et les autres… Il faut du courage, un bon moral et de la constance. Mais les créations et les reprises sont nombreuses.

 

Formation Devenir libraire, par Book Conseil

 

Quelles seraient vos recommandations pour ceux qui souhaitent se lancer ?

 

Michel Deshors : Allez-y ! Formez-vous (c’est impératif), intégrez les essentiels de la gestion, faites des stages préalables, ayez l’esprit commerçant et… foncez ! 

 

 

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