“Pour devenir une nation de lecteurs, il faut plus de librairies”

Cécile Mazin - 27.08.2018

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En 2005, Kenny Leck s’associe pour ouvrir une librairie indépendante, la sienne : BooksActually, treize ans plus tard, est une référence à Singapour. Loin d’être un homme d’affaires, le gérant de 40 ans parle avec la passion des livres dans la voix. Mais comme il l’explique, « il faut nécessairement réunir les deux points ».

 


 

 

L’an passé, avec un bénéfice de 80.000 SGD (environ 50.000 €), l’établissement reste modeste, mais se porte bien en regard du marché. Au contraire, explique Kenny Leck, sa maison d’édition, Math Paper Press, lui coûte bien plus d’argent, avec la publication d’œuvres locales qui ne se vendent pas.

 

Après trois déménagements, le dernier emplacement commence à coûter cher – 10.000 SGD mensuels (un peu plus de 6000 €). Pour y faire face, il a lancé une opération de financement participatif, pour arriver à acheter les murs, ce qui lui donnera plus de stabilité. « Si le prix est trop élevé, alors il faut déménager : c’est comme ça que tourne l’économie... »

 

De son propre parcours, que ce soit chez Borders, ou à Tower Books, Kenny Leck jure avoir beaucoup appris... et principalement ce qu’il ne fallait pas faire. La diversification à l’extrême de ces magasins est une erreur qu’il ne recommettra plus. « Si nous sommes une librairie, alors travaillons dur pour vendre des livres. »

 

Une approche très claire de son marché, qui consiste avant tout à souligner le manque d’efficacité du commerçant avant de condamner le désintérêt des lecteurs et clients. Dans ses débuts, à sa toute première adresse, il se passait des journées entières sans aucune vente. « Pour un détaillant, libraire ou autre, c’est la chose la plus effrayante qui puisse arriver. »

 

Pour sa prochaine étape, le BooksActually Shophouse Fund chargé de les aider à ouvrir leur nouvel établissement, ne dispose que de 20.000 SGD (soit 12.000 €). Sur les 5 millions que coûtera l’emplacement dont ils rêvent. Les liens avec les clients, désormais très solides, permettent d’espérer qu’une partie, même minime de la somme, arrivera. Car les investisseurs privés ont rapidement fait demi-tour...

 

Et de son côté, le libraire n’était pas disposé à renoncer à ses convictions ni ses valeurs pour obtenir les sommes nécessaires. « Bien sûr, je veux une certaine richesse, mais je veux atteindre celle qui me permettra, à moi ou à la librairie, d’aider ceux qui en ont le plus besoin, parce que j’ai fait l’expérience de grandir dans une famille très modeste. »

 

Sa maison d’édition, consacrée aux jeunes auteurs locaux, en est une manifestation évidente. 

 

« Avec les livres, nous aiguisons les connaissances et la perspicacité. Nous avons tous été touchés par un ou plusieurs livres. Je pense que c’est là toute la valeur. Vous consommez des ressources, mais nous produisons des livres pour enrichir les conversations, pour préserver des récits, et repousser les limites. Utiliser du papier pour produire un livre a bien plus de valeur que d’utiliser les mêmes ressources pour produire un bloc-notes », indique-t-il.

 

Un couple de Malaisie a trouvé comment
vendre 15 millions de livres


Or, en dépit du grand nombre de bibliothèques, pour accéder à la lecture, la convoitise des lecteurs reste forte. « Si nous voulons devenir une nation de lecteurs, nous avons besoin de plus de librairies. Aujourd’hui, les gens préfèrent ouvrir un magasin de cupcakes plutôt qu’une librairie, mais ils ne savent pas comment faire le calcul. »

 

Certes, il y aura toujours des gens pour acheter des gâteaux, et les commerces de bouche ont encore une longue vie devant eux. « Je crois cependant que si ces entrepreneurs faisaient le calcul correctement, avec un peu de marketing et la publicité appropriée, ils se rendraient compte qu’une librairie peut être viable. » 

 

via Channel New Asia




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