Pour éviter un procès de Jean-Michel Blanquer, Mediapart caviarde une bande dessinée

Antoine Oury - 28.10.2020

Edition - Société - cas d'ecole remedium - jean michel blanquer bd - bande dessinee censure


L'ambiance entre Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation, et Mediapart n'est pas au beau fixe : Edwy Plenel, directeur de la publication, s'est récemment fait accuser d'« islamo-gauchisme » par le premier. Remedium, auteur de bande dessinée, en fait à présent les frais : sa BD Cas d'école, qui évoque la carrière et la personnalité du ministre, a été caviardée dans Mediapart, sous peine de procès.

Une bande dessinée caviardée dans Mediapart : un extrait de Cas d'école de Remedium, intitulé « L'histoire de Jean-Michel » et consacré à Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation, a vu une de ses cases censurée. Cette modification fait suite à une intervention de l'avocat de Jean-Michel Blanquer, qui a contacté directement Mediapart. Le journal héberge en effet le blog du dessinateur Remedium, auteur de la BD.

« Mediapart m'avait contacté pendant le confinement, pour me demander de publier des extraits de Cas d'école et de Cas de force majeure sur un blog ouvert pour l'occasion », nous explique Remedium, joint par téléphone. « L'extrait sur Blanquer a été publié il y a un an, en première version, puis en juillet sur Mediapart. »
 
Ce 17 octobre, plusieurs mois après la parution, l'avocat de Jean-Michel Blanquer contacte Mediapart pour « les sommer de retirer plusieurs cases de la BD que je lui ai consacrée il y a plusieurs mois », raconte le dessinateur.

« Je pense qu'ils ont tenté de faire retirer toute la bande dessinée. Mais, devant la réticence de Mediapart, ils n'ont ciblé que deux cases, celles qu'il était possible de rattacher à la vie privée. En cas de procès pour diffamation, Jean-Michel Blanquer aurait perdu, il s'est donc raccroché à l'atteinte à la vie privée. »

La bande dessinée de Remedium, nourrie par sa propre enquête et par des faits publiés dans la presse, évoque en effet l'ex-épouse de Jean-Michel Blanquer, Aurélia Devos, qu'il désigne comme « l'une de ses étudiantes », et l'éducation de leur fille par des baby-sitters, « payées au noir qui ne pourront que constater la souffrance de cette enfant grandissant sans ses parents ».

Remedium nous explique s'être appuyé sur les témoignages de deux baby-sitters : « Le premier était très circonstancié, et m'a été fourni par une personne rencontrée un peu par hasard. Le second témoignage confortait tous les éléments du premier. »

Selon l'auteur, ces éléments étaient exploitables dans son enquête dessinée, étant donné que « Jean-Michel Blanquer se pose un peu en parangon de vertu, et donne des leçons sur ce qu'il faut faire et ne pas faire. Il était intéressant de démonter cette image et ce discours ».
 

Un éditeur menacé par le ministre ?


« Afin de ne pas mettre en danger le site [Mediapart] dans une période déjà sombre, nous avons convenu avec Edwy Plenel que je caviarderai l’un des passages qui, bien qu’étant totalement vérifié, preuves à l’appui, n’en demeure pas moins attaquable de la part d’un homme bénéficiant des ressources de l’État », explique lui-même le dessinateur sur son blog.

« En ce moment, Mediapart se fait attaquer de partout, notamment par Blanquer et Darmanin, Plenel n'a pas voulu en rajouter une couche et prendre le risque de perdre un procès », nous précise l'auteur. « L'avocat du journal a évoqué un risque, car le simple fait d'évoquer la fille de Jean-Michel Blanquer pourrait constituer une atteinte à la vie privée, sans même s'attaquer à la véracité des éléments. »

Outre sa publication originelle sur Facebook et son apparition sur Mediapart, Cas d'école est un album, publié le 2 septembre dernier par les éditions des Équateurs. Ces dernières n'ont pas reçu le même message que Mediapart, alors que l'évocation de l'ex-épouse et de la fille de Jean-Michel Blanquer y est aussi présente. « Cela nous ferait une magnifique publicité », remarque-t-on aux éditions des Équateurs.

« Nous sommes pour la liberté d'expression, comme M. Blanquer, et nous trouvons que cette demande n'est pas du tout justifiée, et un peu malencontreuse au moment où le ministre défend la liberté d'expression. Chacun devrait pouvoir s'exprimer comme il le veut, publier ce qu'il veut », nous assure-t-on.
 
Selon la maison d'édition, la bande dessinée ne porte aucunement atteinte à la vie privée : « Cette bande dessinée, sur un plan documentaire, est très intéressante. Il existe une vraie détresse des professeurs dans l'Éducation nationale, aujourd'hui, et chaque portrait a fait l'objet d'une enquête avant d'être écrit et dessiné par Remedium », nous confie l'éditrice.

Si la maison n'a reçu aucune demande du ministère, ajoute-t-elle, c'est parce qu'« ils sont conscients qu'ils ne peuvent pas porter atteinte à une publication comme cela ».


Photographie : première case du segment de la BD Cas d'école consacrée à Jean-Michel Blanquer, par Remedium


Commentaires
« Je pense qu'ils ont tenté de faire retirer toute la bande dessinée. »

Rien que cette affirmation est un procès d'intention qui mériterait... un procès.

Voilà comment fonctionne ces gens. Pétris de leurs certitudes... Au-dessus de tout. Ils ont trop longtemps plané au-dessus de tout (des lois ?).

C'est sûr que l'atterrissage est rude.

Comme la rencontre avec la vraie vie...
Que celui qui n'a jamais enseigné lui jette la première pierre.Et vice versa.Merci à E. Plenel d'avoir tenté...
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