Pour Gibson, la science-fiction n'a pas la faculté de prédire l'avenir

Clément Solym - 18.09.2012

Edition - International - Science fiction - William Gibson - Interview


William Gibson, précurseur du mouvement cyberpunk et auteur visionnaire de science-fiction, a accordé une série d'interviews téléphoniques au magazine Wired. L'écrivain américain soutient l'idée que lui-même et ses pairs ne possèdent aucune aptitude particulière à se projeter dans le futur. Le père de la notion de cyberespace a confié : « Nous avons presque toujours tort. »

 

 

Dans Neuromancer, son roman publié en 1984, William Gibson prédisait que « l'hallucination consensuelle [du cyberespace] serait vécue au quotidien par des milliards d'opérateurs légitimes, dans chaque nation et dans un réseau mondial. » Le sujet, qui n'est pas sans rappeler l'essor de l'internet et du monde numérique, bien que l'auteur affirme n'avoir pas imaginé cet univers tel qu'il l'est réellement aujourd'hui, a ouvert la voie à des oeuvres comme Ghost in the Shell ou encore Matrix.

 

Au cours des interviews accordées, il a évoqué son propre style d'écriture et rejeté l'idée que des auteurs de science fiction soient capables de prédire l'avenir.

 

« Je pense que la chose la moins importante à propos de science-fiction est sa capacité prédictive. Son aptitude à s'avérer réellement prédictive est vraiment, vraiment pauvre. Si vous considérez l'histoire entière de la science-fiction, ce que les gens ont dit qu'il allait se produire, ce que les écrivains ont annoncé, et ce qui a fini par se produire actuellement, c'est terrible. Nous avons presque toujours tort. »

 

Pour l'auteur, la croyance plaçant la science-fiction comme une source de prédictions fiables est principalement due au marketing qui accompagne les sorties de livres. Il a ainsi dépeint son oeuvre et celle de ses pairs dans une version totalement démystifiée. Selon lui la science-fiction n'est qu'un questionnement sur le présent dans lequel nous vivons, et rien de plus.

 

William Gibson a eu l'occasion d'évoquer son état d'esprit au cours de la rédaction de son dernier livre Zero History et de sa trilogie Blue Hant.

 

« Sans le sens de comment le présent est bizarre - comment il est potentiellement bizarre - il serait devenu impossible pour moi de juger comment je devais essayer d'imaginer un futur encore plus bizarre.

 

Alors, ces trois derniers livres ont été - peu importe ce qu'ils ont été - ont été moi me construisant un nouveau critère pour l'étrangeté de la décennie que nous traversions pendant que j'écrivais ces livres. »