Pour Google et Amazon, l'Europe n'est pas de tout repos

Clément Solym - 14.11.2012

Edition - Economie - Amazon - Google - Royaume-Uni France


Tandis que les deux géants réussissent plus ou moins à échapper aux collectes de taxes outre-Atlantique, le territoire européen s'avère plus exigeant : le Fisc français réclame 198 millions € d'arriérés d'impôts au leader du commerce en ligne, et la Chambre basse du Parlement britannique a longuement questionné les pratiques fiscales des firmes américaines. 

 

La récurrente « exception française » pointée du doigt par les États-Unis pourrait-elle s'étendre à toute l'Europe ? Royaume-Uni et France semblent en tout cas d'accord sur les menaces que les pratiques commerciales de Google et Amazon font peser sur leurs concurrents européens. Le premier coup de semonce est parti de l'Hexagone, tiré par le Fisc qui réclame 198 millions € à Amazon.

 

House of Commons Chamber: Bench detail

 

La Chambre des Communes, UK Parliament, CC BY-NC-ND 2.0

 

 

Une somme dérisoire comparée aux 1,7 milliard € de redressement fiscal que Google se serait vu notifier la semaine dernière, (voir notre actualitté) et qui viendrait sanctionner l'évasion fiscale dans laquelle la société est passée maîtresse en faisant transiter les achats européens par le Luxembourg, où la TVA s'élève à un niveau bien moindre que les autres pays, 7 % contre 19,6 % en France.

 

La Chambre basse du Parlement britannique, par le biais d'un comité des comptes publics, a imposé un interrogatoire à Google et Amazon, accompagné par Starbucks, chaîne de cafés - américaine également. Amazon, qui s'octroie au Royaume-Uni comme ailleurs des parts de marché considérables, au grand dam des acteurs locaux, et particulièrement des indépendants.

 

Les députés se seraient montrés plutôt agressifs contre Andrew Cecil, directeur des relations publiques d'Amazon, lorsque celui-ci aurait prétexté en guise de réponse le paiement de l'impôt sur les sociétés :

Laissez-moi régler son compte à cette réponse parce qu'elle me passe vraiment au-dessus de la tête...  Toutes les sociétés le payent. Les librairies que vous conduisez à la faillite payent aussi un impôt sur les sociétés, payent aussi leur PAYE [Pay-as-you-earn taxes, taxe sur le revenu, NdlR]... Et vous portez préjudice à leur compétitivité.

Et la députée travailliste Margaret Hodge n'a de toute évidence pas tort : même si Amazon s'acquitte de sa taxe sur les bénéfices, la stratégie de la société, qui s'appuie sur de faibles marges, (voir notre actualitté) réduit d'autant plus sa contribution à l'économie locale.

 

Fidèle à la communication très maîtrisée de la firme, Andrew Cecil a refusé de répondre, en prétextant l'ignorance, à plusieurs questions de la députée Hodge, sur la holding qui supervise Amazon EU SARL ou les revenus du site de e-commerce au Royaume-Uni. D'après BBC News, Amazon aurait réalisé pour près de 3,3 milliards £ de ventes sur le territoire, ce qui lui aurait valu le regard inquisiteur du comité...

 

Les députés ont promis des suites, et Hodge a réclamé un interlocuteur plus à même de répondre à ses questions : Amazon emploie cependant près de 15.000 personnes sur l'île, et prévoit l'ouverture de 3 nouveaux sites d'ici 2014. (voir notre actualitté) Des arguments de poids, qui ne manqueront pas de faire pencher la balance commerciale...