Pour Jeff Bezos "les livres comptent moins que les frigos" (Wylie Andrew)

Nicolas Gary - 19.03.2014

Edition - International - Jeff Bezos - Wylie Andrew - Amazon Publishing


On le connaît sous le nom de chacal, parce qu'il force les éditeurs à payer le prix fort - très fort - pour obtenir les auteurs qu'il défend. Un moyen, a-t-il toujours répondu, de s'assurer que les maisons feront le nécessaire pour promouvoir comme il se doit le livre. On le connaît aussi pour avoir négocié avec Amazon un accord qui avait ému toute l'industrie : vendre les ebooks de ses auteurs, sans passer par une maison traditionnelle. Scandaleux Andrew Wylie…

 

 

 

 

Il était revenu, sur cette idée de vente directe de fichiers numériques, au travers d'Amazon, sans les éditeurs, ce cher Andrew, et quand il évoque aujourd'hui Amazon, c'est pour lapider… les filiales éditoriales de la firme américaine. Le « programme de publication se distingue par sa stupidité », assure le plus redouté des agents littéraires. 

 

Il s'était pourtant frotté à l'idée de créer une maison numérique, Odyssey, en 2010, qui traitait directement avec Amazon. Mais c'est une chose que de négocier avec le revendeur, et une autre de voir ledit revendeur avoir des velléités éditoriales. On oubliait alors que sa manoeuvre était surtout destinée à faire augmenter les montants que les auteurs, et lui par conséquent, allaient percevoir sur les ventes numériques. 

 

Amazon s'est récemment lancé en Allemagne comme éditeur, en ouvrant sa filiale très attendue des observateurs. Mais pour l'agent, « rien de ce que publie Amazon ne mérite d'être lu ». Et la messe est dite. Et d'ajouter : « Mon avis c'est que, si vous avez le choix entre la peste et Amazon, choisissez la peste. » Comprendre : la peste, plutôt que de signer un contrat d'édition avec la firme américaine. Le débat est donc placé très haut, au fil de l'interview publiée dans le Frankfurter Allgemeine.

 

Il promet également qu'en fait d'édition, Amazon prendrait, en Allemagne, comme ils le font déjà aux États-Unis, « presque tout ce qui ne mérite pas d'être publié - et ce sera leur programme éditorial ». De fait, Amazon ne serait pas intéressé par la presse, ni les recensions, qui comptent en revanche dans le monde physique ? C'est que, dans l'univers numérique, la vitalité est primordiale, et les outils marketing de la firme amplement suffisant. 

 

D'ailleurs, la meilleure des preuves de l'inutilité de ce programme, ce serait que même MacKenzie, l'épouse de Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, n'a pas publié dans l'une des collections des filiales éditoriales. « Et si Jeff Bezos dit que le ciel est bleu, alors je prends mon imperméable, et mon parapluie », poursuit Andrew. 

 

Toute cette machination n'aurait d'ailleurs pour seul objectif que de détourner l'attention du ministère de la Justice, à Washington, « qui est devenu une filiale d'Amazon », et surtout éviter que l'on ne regarde les activités de la firme du point de vue de la législation antitrust. Amazon a déjà réussi à convaincre qu'il fallait attaquer les éditeurs américains et Apple, pour violation des lois, et entente. « La demande a été dictée, point par point, par Amazon », affirme Andrew. Or, en ouvrant des maisons d'édition, Amazon joue finalement la vierge effarouchée, en se positionnant comme éditeur - et détourne l'attention de ce qu'il est réellement, « une société de distribution qui vise le monopole ».

 

L'antidote suprême serait donc la librairie indépendante. En Italie, Feltrinelli dispose de ses propres établissements, et s'en sortirait plutôt bien. Car dans tous les cas, Bezos « est l'un des hommes les plus riches du monde, il n'a de soin que pour lui. Les livres ont pour lui moins d'importance que les frigos ».

 

Ite missa est…