Pour l'agent, il s'agit de savoir comment seront travaillés les droits cédés

David Pathé Camus - 11.10.2019

Edition - Société - agent littéraire métier - négociation valeur manuscrit - éditeur auteur agent


DOSSIER – Pour garantir une coopération juste et honnête, satisfaisante pour toutes les parties, l’agent littéraire intervient avant tout comme médiateur entre l’auteur et l’éditeur. Le contrat, qui fixera les termes de la collaboration, doit être ciselé. David Pathé-Camus, traducteur, auteur et agent littéraire examine les contours de cet aspect, primordial. 
 

 

La négociation est donc un combat de chaque instant. Mais ce n’est pas parce qu’il se « bat » pour ses clients que l’agent est l’ennemi des éditeurs. Un agent n’est pas plus l’ennemi de l’éditeur que vous n’êtes l’ennemi du charcutier auquel vous achetez une tranche de saucisson. Tout est toujours affaire de points de vue, et d’équilibre.
 

Tout est question de justesse


L’éditeur est un acheteur : il cherche à acquérir le plus de droits possibles pour le moins cher possible. L’agent est un vendeur : il cherche à vendre le moins de droits possibles pour le plus cher possible. Mais tout est toujours négociable. 

Un agent ne cherchera jamais à ne pas céder des droits pour le plaisir de ne pas les céder : il veut juste s’assurer que les droits qu’il cède seront exploités au mieux. L’agent est un « optimisateur ». Pour lui, il ne s’agit pas tant de savoir « combien » que de savoir « comment » — comment seront travaillés les droits qu’il cède.

Un agent peut tout à fait accepter de céder les droits de traduction, le tout étant de savoir à quelles conditions, pour quels territoires et pour quelle durée. 

Idem pour les droits d’adaptation audiovisuelle : si l’éditeur a un service dédié à cette tâche (c’est rarement le cas), et s’il est performant, pourquoi lui refuser les droits d’adaptation audiovisuelle du livre dont il cherche à acquérir les droits d’édition ? 

Un partage 75/25 (en faveur de l’auteur) n’est pas inenvisageable. 

Une fois ces questions réglées, je m’attache aux conditions d’exploitation. Choix du titre, choix de la couverture et de la quatrième de couverture, sur tout cela, l’auteur doit avoir le dernier mot. Surtout, il doit avoir la possibilité de récupérer ses droits au bout d’un certain temps si les choses tournent mal.
 

Un lien fort et unique, ou plusieurs effilochés ?


Je pars du principe que — contrat ou pas — nous sommes liés pour la vie, et je ne recommande pas à mes auteurs de changer à tout bout de champ de maison d’édition (au contraire). Mais des accidents peuvent se produire, des groupes être rachetés ou faire faillite, des éditeurs mourir, démissionner ou être virés, et je considère qu’une relation n’est heureuse, et profitable, que si elle est librement consentie. 


“On l'a fait... on l'a fait...”

 
Les sommes déboursées par un éditeur pour la publication d’un titre (travail éditorial, relecture, correction, mise en page, couverture, impression, frais généraux, etc.) sont de toute façon telles qu’elles induisent un seuil minimum de ventes. Il me semble normal qu’un auteur soit rémunéré à la hauteur du seuil de ventes que l’éditeur devra réaliser pour rentrer dans ses frais. 

On pense souvent que seul l’éditeur prend un risque financier. Je ne partage pas du tout cet avis. Il prend ce que j’appelle « le risque financier apparent ». Ou calculable, si vous préférez.  
 

Le risque financier méconnu de l'auteur


Mais l’auteur prend lui aussi un risque financier : celui de voir son œuvre mal défendue, mal vendue, et au final, dévaluée. Ce qui pénalisera l’ensemble de ses ventes futures. La première chose que regarde un éditeur auquel je soumets le nouveau manuscrit d’un auteur, c’est à combien d’exemplaires s’est vendu son dernier ouvrage. 

En acceptant de signer chez un éditeur, un auteur confie à ce dernier un objet de valeur : son livre. Chaque partie apporte son écot à la publication, chaque partie a quelque chose à perdre et à gagner. Mais si un gros éditeur — je pense à ceux qui publient 400, voire plus, titres par an — fait un four avec un livre, il en a 399 autres pour se rattraper.

L’auteur, lui, n’en a bien souvent aucun. 

Tout cela peut sembler complexe et chaotique, mais j’ai remarqué que plus les éditeurs avec lesquels je négociais étaient professionnels, plus les négociations étaient simples et rapides. Ce n’est pas toujours facile, on discute souvent le bout de gras – et beaucoup d’éditeurs aiment bien négocier, alors pourquoi leur refuser ce plaisir ? —, mais dans 99 % des cas, on finit par se mettre d’accord. 
 
Prochain article : « Après la négociation »

Précédemment : Défendre ses droits pour soi et pour tous
 

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu


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