Pour la 19e Fête de la librairie, faire corps avec le livre

Nicolas Gary - 22.04.2017

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Ce samedi 22 avril, les librairies sont en fête : chaque année à l’occasion de la San Jordi, la tradition veut que les libraires indépendantes célèbrent à leur manière la journée mondiale du livre et du toit d’auteur. Pour la 19e édition de cette manifestation, plus de 480 établissements de France, Belgique, Suisse et Luxembourg ont décidé de s’engager.

 


 

Ainsi, un livre tiré à 23 000 exemplaires en partenariat avec les Éditions Actes Sud, offert aux clients des librairies participant à la journée. C’est d’ailleurs une véritable qui se profile, et que l’on devra mener pour élucider cette énigme : que raconte la jaquette d’un livre ? L’ouvrage se présente avant tout comme un hommage nourri aux pionniers des métiers de l’illustration, du graphisme et de la typographie en France : Massin (extrait de "l'ABC du métier") et Faucheux (par Annie Le Brun).

Rappelons cependant que la journée mondiale du droit d'auteur se tient le 23 avril, commémorant ainsi la disparition des écrivains William Shakespeare et Miguel de Cervantes.
 

Notre parti-pris est toujours de faire entendre les multiples voix de la librairie, de poser un acte de résistance et de visibilité face aux campagnes publicitaires omnipotentes qui encensent la révolution numérique tout en générant une confusion dans nos relations avec nos clients. Cette journée favorise ainsi une réflexion sur les différences possibilités de « survivre » face à cette révolution qui bouleverse le rapport à l’écrit, à la lecture, aux autres.... Il faut, malgré la disparité des situations, rassembler toute l’énergie d’entreprise dont nous pouvons faire preuve dans la tourmente et mutualiser nos innovations afin d’évoluer sans tout perdre....

 

Les libraires participant à l'opération offriront à leurs clients une rose et un ouvrage inédit qui met en lumière illustrateurs, graphistes et typographes. Ouvrage de 140 pages richement illustré, Le corps du livre, tiré à 23.000 exemplaires, réunit une quinzaine de textes, hommages aux pionniers du métier de l'édition tels Robert Massin et Pierre Faucheux, ou témoignages d'éditeurs contemporains sur la genèse de leurs couvertures (Actes Sud, Le Tripode, P.O.L...).

 

« Dans un contexte de mise à l'épreuve du droit des auteurs et de grande mutation des habitudes de lecture, il n'est pas superflu mais très urgent de transmettre à nos clients ce qu'est notre vocation et ce que nos compétences apportent de très précis à la circulation et la diversité des livres », a expliqué Marie-Rose Guarnieri, responsable de la Librairie des Abbesses à Paris et cheville ouvrière de cette manifestation.

 

«  Nous sommes fiers de vous offrir, à vous et à plus de 23000 lecteurs, ce livre d’exception qui est comme l'épicentre de notre vocation, car nous sommes possédés par le prodigieux virus d'acheter des livres , mêmes si ils sont coûteux, mêmes si ils sont volumineux, mêmes si nous ne les lirons pas tous... L’idée que nous désirerions mettre en avant au printemps, pour honorer notre métier, c’est que notre passion a besoin d'incarnation, elle ne peut être tout à fait assouvie par un support dématérialisé»

 

Voici un extrait de la préface, signée par Jean-Yves Mollier
 

En intitulant Le Corps du livre le volume offert cette année par les libraires indépendants à leurs clients, Marie-Rose Guarniéri a délibérément placé le livre sur le terrain où il est né en Occident, celui du sacré. Entre le corps du Christ qu’intériorise le croyant lorsqu’il reçoit l’hostie dans laquelle il s’incarne et to Biblion, la Bible, le premier livre, s’établit ainsi un lien direct que le lecteur retrouve en communiant avec l’auteur du roman ou du poème qu’il tient dans ses mains. Sans plus filer cette métaphore mystérieuse empruntée aux « religions du Livre », le judaïsme, le christianisme et l’islam, on rappellera que les tablettes d’argile de Mésopotamie ne possédaient pas de couverture, pas plus que les rouleaux sur lesquels on tenta d’emprisonner le récit de l’aède nommé Homère en dessinant les lettres qui composent L’illiade. La couverture est née tardivement et ne s’est guère imposée qu’à la toute fin du XIXe siècle, lorsque les bibliophiles ont compris qu’elle faisait corps avec le texte et que l’essence de celui-ci s’évaporait si l’on éliminait son enveloppe. Parce que les livres parvenaient en feuilles à l’éditeur et qu’il faisait confectionner les couvertures des livres par un autre professionnel, les collections de volumes conservées dans les bibliothèques publiques sont souvent reliées sans ce précieux habit primitif du livre.


Et les organisateurs de poursuivre : « Vous aussi, en vous engageant à nos côtés depuis dix-neuf ans, vous avez fait de cette journée un rendez-vous incontournable ! Vous avez su encourager un large public à s’intéresser à la culture de nos librairies en s’y rendant, chaque printemps. C’est un moment privilégié de l’année où tous ensemble, libraires, journalistes, éditeurs, auteurs, lecteurs, nous témoignons de notre attachement à l’exception culturelle que représentent ces lieux indépendants. C’est un rendez-vous désormais populaire et bien identifié par le public... Grâce à votre complicité, nous avons perduré dix-sept ans et fait connaître les complexités du métier de la librairie dans la chaîne du livre. En bref, vous êtes notre relais le plus influent pour inviter les lecteurs à venir recevoir ce livre inédit de la main des libraires. »