Pour le dictionnaire Larousse, une boulangère, c'est la femme du boulanger

Antoine Oury - 13.02.2020

Edition - Société - dictionnaire Larousse - feminisation metiers - guerriere larousse


Que les dictionnaires véhiculent parfois le sexisme insufflé dans la langue française n'étonnera malheureusement plus personne : nouvel exemple avec le dictionnaire Larousse qui, dans son édition en ligne, proposait des définitions de noms féminins particulièrement biaisées... Ainsi, la boulangère était-elle simplement la femme du boulanger, quand la guerrière, elle, se comprenait comme « une jeune femme qui revendique avec agressivité et violence sa place dans la société ».

Petit Larousse illustré 2020
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


« Bouchère », « boulangère », « ambassadrice », « présidente » : tous ces noms de métier ou fonctions au féminin ont un point commun : ils désignent des « femmes de », en tout cas selon le dictionnaire Larousse en ligne. Plusieurs utilisatrices ont dénoncé ces définitions pour le moins sexistes, captures d'écran à l'appui.

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Depuis la diffusion des images sur les réseaux sociaux, les pages liées aux définitions ont évidemment disparu du site Larousse, l'éditeur expliquant à RTL qu'il se basait sur les définitions de l'Académie française. Or, l'institution elle-même n'a revu sa prise en compte des noms de métier et de fonctions au féminin que l'année dernière, à l'occasion d'un rapport qui avait alors attiré l'attention.

Dans ce document, l'Académie s'était surtout concentrée sur l'aspect morphologique de la question : comment accorder ou féminiser les noms de fonctions et les métiers, en somme. Mais les définitions de certains termes ont aussi été revues, à l'occasion de la mise en ligne de certains éléments de la 9e édition du dictionnaire, en cours d'élaboration, et de la 8e édition.
 
Très lent dans son évolution, le Dictionnaire de l'Académie n'a donc reflété que très tardivement les réalités contemporaines, où les femmes peuvent exercer toutes sortes de métiers et occuper des fonctions, au même titre que les hommes.

Reste la question de l'édition d'un dictionnaire et de ses définitions : au Royaume-Uni, un célèbre dictionnaire a ainsi maintenu des définitions sexistes et offensantes au motif que ces dernières reflétaient « les usages contemporains de l'anglais ».

La Pomponette, alors, serait enfin autre chose que la femme de Pompon ?


Commentaires
Il y a bien longtemps que j'ai "féminisé" mon vocabulaire sans attendre l'accord d'une Académie quelconque !
Vrai tout cela mais à l'exception peut-être d'«ambassadrice»: existe-t-il une seule femme ambassadrice sur la planète ?

N'en suis pas sûr...

Mais sinon le dico s'est effectivement planté pour les autres définitions en niant le féminin de ces métiers.

Surréaliste...

Il y a peut-être plus de boulangères que de boulangers !

Enfin il y a les vendeuses,très nombreuses,et puis les patrons et patronnes évidemment,souvent des couples boulanger-boulangère.

Cette dernière n'étant pas seulement l'épouse mais la professionnelle !

Comme une commerçante tout bêtement.

Et bizarre que les concepteurs du Larousse n'aient jamais entendu parler...de la chancelière Merkel (même chancelante): c'est le pompon et la pomponette ou pomponnette (oui adoubons ce néologisme féminin !).
Marie Yovanovitch, ex-ambassadrice américaine en Ukraine (qui a fait parler d'elle suite à son témoignage à charge dans la procédure de destitution de Donald Trump), qui avait exercé le même poste en Arménie et au Kirghizistan.



C'est vos préconçus qu'il faut revoir.



Autrement le terme s'emploie dans d'autres contextes : ambassadrice d'une marque, ambassadrice d'une cause humanitaire, ambassadrice des pôles...



Pour revenir à l'article et au propos : ça dénote du désintérêt total des académiciens français pour ces questions. Certes c'est une vieille machine qui n'évolue que trop doucement (à mon sens cette incapacité à bouger ses lignes la rend de facto impropre à tenir le rôle qu'on lui prête) mais ils priorisent leurs tâches et de façon très visible le féminisme et l'égalité sont loin d'être leurs priorités (jusqu'à ce que quelqu'un les pointe du doigt, là soudainement les rouages se mettent magiquement à fonctionner).
Et voici ce qu'en dit aujourd'hui le dictionnaire de l'Académie : "boulanger, boulangère : Personne dont le métier est de faire et de vendre du pain. Un boulanger de campagne. La boutique d’un boulanger. Un boulanger-pâtissier. En apposition. Un apprenti, un garçon boulanger. Un patron boulanger." Dommage qu'il n'y ait aucun exemple féminin ! Certes, le dico ne parle pas de la femme du boulanger, mais quand même... encore un petit effort Messieurs et quelques dames...
Dans Pagnol, la boulangère est bien la femme du boulanger ! De même que la bouchère, la femme du boucher (pas dans Pagnol!). L'une et l'autre n'ont jamais" mis la main à la pâte (patte)". Confondre sexisme et genre grammatical, c'est de l'inculture, plutôt de l'Aculture.
Il ne faut pas confondre littérature et dictionnaire... et nous avons changé d'époque, ce n'est pas une question de sexisme. Oui, la boulangère peut être AUSSI la femme du boulanger, mais elle exerce avant tout un métier, dans la boulangerie ou pas. A ce titre, le boulanger peut AUSSI être le mari de la boulangère.
Merci de bien vouloir me donner des lieux où le pain est réellement fabriqué par une femme, où le métier de boucher (ère prétendez-vous?) est exercé itou. Je n'en connais pas, du moins en France. Dans les pays du Maghreb, pour ne citer qu'eux, il est fréquent que Madame fabrique le pain.Je doute que l'on nomme boulangère une femme exerçant un métier autre...que celui de boulanger.
Le dernier concours du meilleur jeune boulanger de France a consacré deux femmes sur le podium.

Septembre 2019 :

CAP boulangerie : 5
grinMerci Loéva pour cette information.
Loéva, ces deux femmes "meilleur jeune BOULANGER de France" , ces 5 CAP boulangerie ont toutes chances de devenir salariées de LIDL par exemple. On ne les appellera jamais "boulangères". On vantera leur qualité de "bon BOULANGER ". Le métier, la profession, n'ont que faire de ces" ratiocinages "autour du genre. D'ailleurs le concours que vous citez en est une preuve. Heureusement qu'il est encore des hommes souhaitant devenir...sages-femmes !!
Monsieur Oury a le charme d'offrir parfois des articles dont le thème réactualise la bagarre des genres chez les mots...et ceux qui les fabriquent. Souvent, les lecteurs semblent se réjouir de l'absence de mots attribuables aux femmes et les lectrices de revendiquer leur présence ou leur légitime création. C'est une bataille de privilèges, de statuts où certains craignent perdre et d'autres (que je pense au féminin) veulent gagner. On tourne souvent en rond mais, ma foi, on s'amuse bien car on échange entre êtres humains.



Les Académies et Dictionnaires, jugés autrefois comme lieux et objets sacrés, sont vus aujourd'hui plutôt comme des reliques, des antiquités respectables, lentes, peu fonctionnelles et dont on n'attend pas de miracles.



Personne n'empêchera l'accès, de plus en plus courant, des femmes aux professions et offices jadis monopoles des hommes. Elles continueront, toujours plus déterminées, cette "lutte" ou "ascension", malgré les obstacles, parce qu'il en va de leur survie et dignité. L'activité qu'elles réalisent ou réaliseront n'est-elle pas plus importante que le nom ou le genre du mot qui l'exprime ou l'exprimera?



Pourvu que les hommes "osent" ou "puissent" aussi accéder à des tâches considérées un temps "féminines" parce que les leurs, traditionnelles, ne les rendent pas heureux. Les mots n'auront qu'à bien se tenir, non?



N'oublions jamais que les néologismes sont un mets délicieux pour tout esprit créateur. Et que, tôt ou tard, dicos et Immortels devront en tenir compte.



Alors, où est le problème?











Les Académies et les Dictionnaires, jugés autrefois lieux et objets sacrés,
En réponse au premier message de Loéva: merci de ne pas m'intenter de procès d'intention.

Je n'ai pas de préconçu, je préfère la recherche honnête et permanente de la connaissance et la réflexion intelligente.

Je ne connaissais pas l'existence de cet ex-ambassadrice américaine (dont vous ne précisez pas le nom) en Ukraine,en Afghanistan et au Kirghizistan.

Et d'autre part, je reconnais avoir été stupidement distrait en oubliant les ambassadrices de parfums,de marques, de causes humanitaires...

Une ignorance et une distraction (toutes deux corrigées) n'équivalent absolument pas à une opinion -à du sexisme disons.

C'est rigoureusement neutre.

Quant à l'Académie française, elle est aujourd'hui capable d'évolutions dans le bon sens.

Elle inclut des personnalités remarquables dont des non-Français et des femmes.

Comme le Secrétaire perpétuel Hélène Carrere d'Encausse qui défend le genre neutre de sa fonction en refusant que sa condition de femme soit accolée à celle-ci: c'est une autre façon de voir les choses et qu'il faut respecter.

Je pense qu'il faut réhabiliter le terme «neutre» en opposition à ces tendances tellement hystérisées, à fleur de peau d'aujourd'hui.

Sinon vos deux contributions sont instructives et intéressantes.
Loeva vous a bien cité le nom de l'ambassadrice en question. Je vous invite à lire cet article du Monde qui indique qu'il y a 1/4 d'ambassadrice et consule en france début 2019 et si cela n'est pas suffisant, c'est loin d'être négligeable. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/03/15/diplomatie-trois-quarts-des-ambassadeurs-sont-des-hommes_5436736_4355770.html
LAROUSSE 2015.

Boulanger,ère (du picard boulenc): personne qui fait et vend du pain.

Bizarre, pas de «femme du boulanger» ici !

Et quand on aime la langue française, on apprécie qu'il existe des balises, des repères pour celle-ci.

Les dictionnaires intègrent de nombreux néologismes chaque année,ne fût-ce que pour vendre les nouvelles éditions !

Ne voir les dictionnaires et l'Académie comme des reliques trop lentes et peu fonctionnelles,cela me paraît de la pensée conformiste et caricaturale.

Ils et elle sont perfectibles mais on peut au contraire se féliciter de leur existence.
Oui le nom de cette (ex) ambassadrice est Marie Yovanovitch !

J'ai vraiment été distrait...

Mea culpa !

Il va de soi qu'une ambassadrice est une femme qui exerce cette fonction, épouse ou non d'un ambassadeur, peu importe...

CHRISTIAN NAUWELAERS
Si un usage est heureusement tombé en désuétude, comment peut-on le comprendre dans un texte peu récent quoique pas trop vieux, si ce n'est en consultant un dictionnaire ? L'article est consacré à une bande d'ignares intolérants et abrutis.
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