Pour le libraire Waterstones, le Brexit entraînera des vagues de licenciements

Cécile Mazin - 15.06.2016

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Julian Assange, l’homme des Wikileaks, a pris tout le monde de court en considérant que l’Angleterre plombe l’Europe : à ce titre, il est favorable au Brexit, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union. Le referendum prévu pour le 23 juin prochain fait trembler les places de marché, et même Bruxelles commence à s’agacer. 

 

Waterstones monster

Matt Brown, CC BY 2.0

 

 

« Officiellement, le Brexit serait mauvais pour les affaires, mais en réalité, la classe dirigeante de ce pays veut pouvoir faire ce qu’elle veut et les régulations de Bruxelles en matière financière ou de transparence lui tapent sur le système », explique ainsi Assange. (via France TV)

 

Une position que confirme indirectement le patron des librairies Waterstones, James Daunt. Dans un email interne, dévoilé par la presse, ce dernier prédit l’apocalypse en cas de sortie de l’Union européenne. « Pour emprunter l’estimation de Christine Lagarde, l’impact ira de assez mauvais à très, très mauvais », écrit le patron à ses salariés.

 

Il envisage clairement une crise de son commerce, et annonce tout de go qu’il procédera à des licenciements en cas de Brexit. De quoi « inverser une grande partie des avancées durement acquises de ces dernières années », au sein des établissements. Et comme des milliers de personnes travaillant pour Waterstones ont réceptionné le mail, on commence à s’affoler. 

 

« De nombreuses entreprises disent à leurs employés quel sera l’impact probable du vote en faveur du Brexit, lors du referendum. Pour Waterstones, je crois que ce sera défavorable », assène-t-il. Et quand on en vient à citer les propos de la directrice générale du Fonds monétaire international, tout porte à croire que ça va en effet chauffer.

 

« Pour survivre, nous devrons revenir à une réduction des coûts, un retour qui induit une réalité brutale de pertes d’emplois et de salaires gelés. » Et de poursuivre : « Les conseils les plus avisés estiment que le Brexit provoquera une immense incertitude économique et un ralentissement significatif du commerce au détail en conséquence. Ceux qui le nient sont de joyeux inconscients. » 

 

La consigne de vote est donc assez claire : son email sonne comme « un avertissement sévère », sans plus d’arguments que les données économiques. « L’UE, après tout, a beaucoup à apporter de même que, dans l’esprit de beaucoup, de considérables défauts. Ma préoccupation, cependant, est d’être clair sur la conséquence probable du Brexit pour Waterstones. »

 

Sur fond de concurrence fiscale "inadmissible"

 

Depuis plusieurs moins, l’édition britannique s’inquiète violemment des conséquences qu’aurait le Brexit sur son commerce. Denis MacShane, homme politique et ancien ministre européen sous Tony Blair, avait d’ailleurs mis en garde tout le secteur.

 

« Dans l’ensemble, les règles sur le copyright et les paiements d’auteurs sont plus strictes partout ailleurs dans l’UE que chez nous. Le Prix unique du livre en France et le système de Preisbindung dans le monde germanophone peuvent ne pas être au goût des ultras fanatiques d’un marché libre. Mais je suis disposé à sacrifier un peu de l’idéologie néo-libérale en échange de bons livres, publiés et en vente dans les petites villes, même dans les villages, au-delà de la Manche. »

 

James Daunt avait dernièrement dénoncé violemment le comportement d’Amazon et l’intolérable concurrence fiscale que subit son entreprise. « Je ne pense pas que nous ayons la capacité de répondre entièrement et efficacement à Amazon. L’investissement nécessaire pour répondre à la logistique et la tarification seraient énormes. L’idée qu’en tant que revendeur en ligne nous puissions concurrencer Amazon, est totalement fantaisiste. »