Pour les libraires, pas de capitale du livre sans liberté d'expression

Antoine Oury - 20.06.2016

Edition - Librairies - libaires EIBF - capitale mondiale du livre - capitale du livre UNESCO


Le titre de Capitale mondiale du livre, bien qu'honorifique, véhicule un certain prestige que l'UNESCO attribue chaque année à une ville. Pour la sélection, l'Organisation des Nations unies s'entoure de l'Union internationale des éditeurs (IPA-UIE), de la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothécaires (IFLA) et de la Fédération Européenne et Internationale des Libraires (EIBF). Mais cette dernière publie un communiqué pour annoncer son retrait du comité de sélection en raison d'un critère non négociable, la liberté d'expression.

 

Journée du manuscrit Francophone 2015

Le siège de l'UNESCO, à Paris (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Le 22 juin prochain, l'UNESCO dévoilera le nom de la ville qui deviendra capitale du livre 2018, succédant ainsi à Conakry, en République de Guinée. Si l'Union internationale des éditeurs et la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothécaires participeront à la désignation, la Fédération Européenne et Internationale des Libraires annonce sa démission du comité de sélection, effective aujourd'hui même.

 

« Il nous semble important de partager publiquement les raisons qui nous poussent à ne plus soutenir ce Prix, ou tout du moins les nouveaux critères d’évaluation qui lui seront applicables à partir de cette année » explique Fabian Paagman, co-Président de l’EIBF. Parmi ses critères d'évaluation, on peut lire sur le site de l'UNESCO :

 

La conformité avec les principes de liberté d’expression, de liberté de publication et de diffusion de l’information, tels qu’énoncés par l’Acte Constitutif de l’UNESCO, par les articles 19 et 27 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme ainsi que par l’Accord pour l’importation d’objets à caractère éducatif, scientifique ou culturel (Accord de Florence).

 

La directrice de l'EIBF, Françoise Dubruille, révèle toutefois que ce critère va disparaître des éléments nécessaires à une candidature pour devenir capitale du livre : « À partir de cette année, suite au remaniement des critères d’évaluation proposés par l’Unesco, notre comité de sélection perd son pouvoir décisionnel et se mue en simple comité consultatif. Tout au long des échanges que nous avons eus avec l’Unesco depuis juin 2015, l’EIBF n’a eu de cesse de rappeler le caractère non négociable du critère de liberté d’expression. »

 

« Malheureusement, l’EIBF doit constater que son opinion n’a pas été prise en compte et que la liberté d’expression, de publication et de vente de livres n’est pas un critère éliminatoire dans la grille d’évaluation proposée par l’Unesco, en dépit de notre insistance », ajoute encore Françoise Dubruille. Les six critères utilisés pour évaluer les candidatures des différentes villes suivent en effet un système de pondération : une ville qui ne respecte pas la liberté d'expression, mais proposant un investissement financier considérable ainsi qu'un programme d'activités convaincant pourrait ainsi décrocher le titre...

 

Des compromissions insupportables pour l'EIBF, qui souligne tout son désaccord avec une démission en bonne et due forme : « Pour EIBF, la candidature de toute ville prétendant au titre de capitale mondiale du livre est irrecevable dès lors qu’il est de notoriété publique, ce qui est aisément vérifiable en ligne, que la liberté d’expression n’y est pas entièrement garantie » termine l'organisation dans son communiqué.

 

Les raisons de s'inquiéter pour la liberté d'expression et de vendre des livres ne manquent pas : la semaine passée, le quatrième libraire disparu à Hong Kong en octobre 2015, de retour chez lui, a révélé qu'il avait été enlevé par les autorités chinoises, selon ses dires, pour avoir vendu des livres sur le territoire chinois.

 

 

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