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Pour les Nuls exige le retrait d'une couverture parodique de Soral

Nicolas Gary - 10.01.2014

Edition - Justice - Alain Soral - Chambres à gaz - Editions First


Les chambres à Gaz pour les Nuls n'est pas même un ouvrage qu'aurait publié Alain Soral : il s'agit, à tout casser, d'une couverture datée de juillet 2012, et imitant la célèbre collection Pour les Nuls. Sauf que la marque appartient à la société First, filiale du groupe Editis, et qu'elle vient accompagner une vidéo où Soral raconte comment ‘L'équipe de France n'a pas visité Auschwitz'. 

 

 

 

 

Il faut revenir sur un brin d'histoire... sportive. En juin 2012, le président du CRIF (conseil représentatif des institutions juives), Richard Prasquier, déplore qu'à l'occasion de l'Euro 2012, l'équipe de France de football n'était pas sautée sur l'occasion pour aller visiter le camp d'Auschwitz. Plusieurs équipes nationales l'avaient fait, et le président du CRIF déplorait alors l'absence française. 

 

De l'équipe de France au détournement...

 

On avait alors simplement répondu que l'équipe de France s'entraînait en Ukraine, soit quelque 1500 km de distance, et que le trajet était un peu lointain. A contrario, les Italiens qui s'entraînaient à Cracovie, étaient à moins de 60 km. « Il est vrai que la France jouera ses matches en Ukraine, jusqu'à la demi-finale, si elle y parvient, et que le voyage est plus long. Mais l'avion raccourcit les distances et le fait même que la visite ne semble pas avoir été envisagée est choquant », ajoutait le président du CRIF. 

 

La réponse du président de la Fédération française de Football avait suivi dans le même mois. Et « comme vous le proposez, et au titre de la formation civique des Équipes de France, je retiens volontiers l'idée d'une visite d'un groupe représentatif du football français au mémorial de la Shoah à Paris, à organiser dans les prochains mois », précisait Noël le Graet. 

 

 

 

 

Soucieux d'apporter son exégèse à cette histoire, Alain Soral réalise donc une vidéo, pour expliquer son point de vue. Bon, à  ce titre, la vidéo est clairement plus que douteuse, et négationniste. Soral : 

Parce que quand vous imaginez que dans cette pièce, à Auschwitz, qui fait je crois 100 mètres carré, pour que les six millions soient un chiffre possible, quatre millions et demi d'êtres humains sont morts en moins de deux ans, je crois. Ce qui est le plus grand prodige de l'histoire de l'humanité, si vous réfléchissez aux conditions matérielles que ça implique.

 

Or, le problème, c'est donc ce détournement de couverture, estiment les éditions First. Dans son communiqué, la maison nie le caractère de détournement de cette image, considérant que la parodie de Soral « reprend les caractères essentiels et originaux protégés par le droit d'auteur et reproduit la marque "Pour les nuls" pouvant ainsi laisser penser au public que ce titre a effectivement été publié dans notre collection, ce qui n'est pas le cas ». 

 

À ce titre, First estime que « ces actes de reproduction et de représentation sans autorisation préalable » ne peuvent pas se revendiquer du « droit de libre expression ». L'éditeur parle alors ouvertement d'une contrefaçon, qui porte « atteinte à l'image de la marque "Pour les nuls" et à celle de notre collection d'ouvrages, ce que les Éditions First ne sauraient tolérer ». Charge alors à Soral, mis en demeure par la maison, de retirer sous 48 heures cette illustration détournée. 

 

Droit de parodie contre négationisme ?

 

Sur le descriptif de la page qui héberge la vidéo et la couverture détournée, on peut lire la présentation suivante : 

Détournement de la série « Pour les nuls » avec Alain Soral, expliquant de manière pédagogique les rudiments de la survie dans les chambres à gaz hostiles.

Le problème est que, si la vidéo est clairement orientée, difficile de ne pas pouvoir invoquer l'exception de parodie pour l'illustration. « Si encore un véritable livre suivait la couverture, nous explique un juriste, on pourrait envisager plus sérieusement un dépôt de plainte. D'ailleurs, c'est ici une simple mise en demeure, une procédure formelle qui interpelle un tiers, qui pourrait engendrer une condamnation, avec des dommages-intérêts à la clef, si un tribunal venait à la trouver abusive. »

 

Évidemment, la proximité d'Alain Soral avec l'humoriste Dieudonné semble légitimer la mise en demeure, surtout en regard de l'annulation du spectacle à Nantes, hier - doublée de la campagne impulsée par Manuel Valls. 

 

Si la loi no 2004-575 du 21 juin 2004, en matière de cybercriminalité, stipule que « les hébergeurs et fournisseurs d'accès Internet ont l'obligation de contribuer à la lutte contre la diffusion de données à caractère pédophile, négationniste et raciste », il est difficile de savoir dans quelle mesure cette parodie tomberait réellement sous le coup d'une sanction légale.

 

« Il faudra probablement surfer sur la loi  loi no 90-615 du 13 juillet 1990 qui réprime les actes racistes, antisémites ou xénophobes, et plus spécifiquement ceux qui contestent les crimes contre l'humanité et font état de négationnisme. Si la vidéo peut clairement être en infraction, cette parodie de couverture est plus complexe à trancher », nous précise le juriste. Reste à voir sur le terrain du droit de marques, qui n'autorise la parodie que dans des conditions très strictes.

 

Nous ne sommes pour l'instant pas parvenus à contacter la maison d'édition.