Pour lutter contre les zombies, l'armée américaine fait appel à des écrivains

Nicolas Gary - 15.02.2016

Edition - Société - Zombies maladies - écrivains armée - apocalypse scénarios


Cela ressemble à un pitch de scénario catastrophe – d’ailleurs, c’est en prévision de multiples scénarii qu’ils ont été réunis. Le corps des Marines, et plus spécifiquement le Marine Corps Warfighting Lab, s’est associé à trois auteurs de science-fiction, pour exploiter leur créativité. L’objectif est simple : établir le récit de ce à quoi le monde pourrait ressembler dans une trentaine d’années. 

 

Zombie!

Daniel Hollister, CC BY 2.0

 

 

Le programme ne date pas d’hier : en avril 2013, l’armée américaine décidait de s’adjoindre les qualités du romancier Max Brooks, auteur du Guide de survie en territoire zombie et de World War Z, deux textes apocalyptiques où les morts-vivants prennent possession de la planète. Mais comme il l’explique à l’AFP, ses premières collaborations ont commencé voilà 10 ans. 

 

« Nous expliquons aux gens ce qu’ils doivent faire, quand les lumières s’éteindront », commentait-il en 2013. Fils du légendaire réalisateur, acteur et producteur Mel Brooks, le fiston fait donc partie d’une équipe de ces auteurs retenus pour anticiper la fin du monde. 

 

Avec le corps des Marines, il se retrouve avec August Cole et Charles E. Gannon, tous deux connus pour leur sens de l’anticipation. « Ce que nous espérons obtenir est que les esprits créatifs et plus jeunes puissent apporter de nouvelles idées sur la manière dont nous pourrions assurer la protection du monde et revenir à un certain niveau opérationnel et tactique », précise le Lieutenant Colonel Patrick Kirchner.

 

Et de rappeler que les armes à impulsion magnétique, voilà encore quelques décennies, relevaient de la pure science-fiction. Or, les armées dans le monde travaillent bel et bien à des appareils de ce type. Pour mémoire, en décembre 2014, l’armée avait dévoilé le Laser Weapon System, LaWs, qui avait effectué un tir depuis l’USS Ponce.

 

 

 

Entre ce type de délires et l’émergence d’une apocalypse où les zombies parviendraient à prendre le contrôle de la planète, l’armée a en effet bien besoin de l’imaginaire débridé des romanciers. Selon Brooks, « c’est comme un préservatif intellectuel [...] ça permet de parler de problèmes très dangereux, très controversés », simplement parce que s’applique le filtre du romancier. Pourtant, les mesures de quarantaines déployées face au virus Ebola sont assez similaires à ce qu’il faudrait faire devant une épidémie de zombies. 

 

Anticiper, ou prévenir, est mieux que guérir

 

Patrick Kirchner souligne que, pour ses troupes, il est « plus facile de lire un roman de 300 pages [...] que de lire un livre blanc ou un document militaire très sec ». 

 

Dans sa présentation officielle, le Marine Corps Warfighting Laboratory détaille ainsi les approches et attentes, découlant de cette étonnante mission. « Fournir des évaluations sur les futurs environnements de sécurité plausibles » ou encore « présenter des recommandations stratégiques », etc. 

 

Le général Martin Dempsey poursuit : « La science-fiction nous permet de modéliser des possibilités futures et d’explorer des solutions pratiques et tactiques pour des pays émergents ou des technologies futures. Cela nous amène également à considérer les implications éthiques associées à l’adoption de nouvelles réactions face aux conflits. »

 

Ce sont ainsi moins des solutions qu’un champ de probabilité que l’armée tente d’explorer – sous la forme de récits... Jusqu’au jour où un soldat décidera de péter un plomb et mettra en application l’un de ses récits favoris ? 

 

Max Brooks reste perplexe devant tout cela : « C’est la grande ironie d’aujourd’hui. Quand j’étais enfant, dans les années 1980, les civils disaient “nous devons comprendre les autres cultures, nous devons être créatifs”, et les militaires disaient “bombardons, bombardons”. Mais, aujourd’hui, c’est l’inverse »

 

Quand les scientifiques s'y mettent...

 

L’idée d’une déferlante de zombies pourrait ne pas être si folle – ou alors, la folie commence à gangréner jusqu’au monde scientifique. Tara Smith, professeure agrégée à l’Université d’État de Kent, dans l’Ohio, a dernièrement publié une étude combinant tout à la fois des maladies zombies fictives et des agents pathogènes bien réels. Ses conclusions affirment que la plupart des pays du monde ne sont pas préparés dans l’hypothèse d’une apocalypse zombie. 

 

On croirait à une plaisanterie, mais la scientifique, très sérieuse, envisage la combinaison de plusieurs éléments, pour aboutir à des symptômes incluant la mort et la résurrection, avec une tendance agressive des victimes et un goût prononcé pour la chair humaine. Rien n’est oublié, jusqu’à la démarche traînante – et parfois même des cas d’intelligence relative.

 

Cette étude de maladies fictives met également en exergue que plusieurs infections réelles semblaient avoir des liens avec ce que l’on observe des zombies. Enfin, qu’on observe...

 

(via The Verge, Marines Corps Times, BMJ)