Pour ne pas bronzer idiot…lisez « L'invention du bronzage » !

Clément Solym - 29.06.2008

Edition - Les maisons - invention - du - bronzage


Afin d’éviter tout ennui au bord des flots bleus, je vous invite à vous cultiver en prenant dans vos bagages avant votre départ le dernier livre de l’historien Pascal Ory, L’invention du bronzage. Vous allez ainsi enfin pouvoir tout savoir sur cette invention du XX° siècle qui a libéré les corps et bouleversé les canons de la beauté.

D’où nous vient cette idée d’aller faire bronzette ?

Voici le livre susceptible de vous apporter les réponses à toutes les questions que vous vous êtes toujours posés au sujet de ce passe-temps estival. Depuis quand bronze-t-on ? Et comment cette étrange habitude d'exposer son corps au soleil s'est-elle imposée aux sociétés occidentales ? L’historien développe ses réponses dans ce court essai sur une « révolution culturelle » qui n'avait guère suscité jusque-là l'intérêt des historiens.

Comment est-on passé du blanc au brun… ?

Et cette révolution semblerait française en premier lieu. Selon Pascal Ory, on peut penser « qu'une partie décisive de cette affaire se soit déroulée ici et non ailleurs ». Depuis des millénaires en effet, tout était pâle, blanc, fadasse. Dès la Grèce antique, le blanc est synonyme de pureté et de beauté. Les hommes, traditionnellement plus exposés au soleil, recherchent les femmes les plus claires, qui veillent à la pâleur de leur teint.

Les « élites féminines » se poudrent le visage jusqu'au début du XX° siècle et les élégantes qui s'aventurent sur les plages dissimulent presque entièrement leur corps. En quelques décennies, cet univers féminin va pourtant inverser totalement son « système de valeurs pigmentaires ».

Au début du siècle, les tendances commencent à s’inverser :

Les magazines féminins des années 1920 témoignent de ce renversement de tendance. « Etre ou ne pas être hâlée ? », s'interroge Vogue en juillet 1928. On y débat de « la vogue des teints brûlés » et des « méfaits du soleil ».

Dès 1927, le couturier Jean Patou lance la première lotion qui, selon la publicité, « adoucit et bronze la peau ». Et L'Oréal ne fait qu'accompagner le mouvement en commercialisant son « Ambre solaire » en 1936.

Le tournant des années de la « Belle époque » :

Selon l’historien Pascal Ory, la Première guerre mondiale est une des causes de ces changements de goûts esthétiques. Ce terrible conflit a anéanti les corps. « La période de la guerre de 14-18 et de l'immédiat après-guerre bruisse de discours énergistes et virilistes, appelant au rebronzage de la jeunesse et, par delà, de la société », écrit-il.

Les femmes en tête des bouleversements esthétiques :

Au début des années 20, naquit un « hédonisme d'après-guerre » : le maillot de bain remplace peu à peu le « vêtement de plage », robes et jupes raccourcissent, sports d'hiver et « plaisirs de l'été » se développent, jusqu'aux fameux congés payés.

Les femmes sont parmi les principaux bénéficiaires de cette émancipation. Le verbe « Bronzer » fait son entrée dans le Larousse en 1928 et tous les milieux sont peu à peu conquis. Désormais, le teint hâlé est de rigueur pour paraitre beau et en bonne santé. La pâleur, la blancheur sont toujours évoquées de façon négative…Et la tendance actuelle n’est pas encore prête à se retourner…


L'invention du bronzage de Pascal Ory est paru aux éditions Complexe (135 pages, 16 euros)