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Pour protéger les étudiants, un avertissement avant les pièces de Shakespeare

Antoine Oury - 20.10.2017

Edition - International - Shakespeare violence - Shakespeare pièces - Shakespeare avertissement


L'université de Cambridge, au Royaume-Uni, préfère prendre les devants : les pièces Titus Andronicus et La Comédie des erreurs, toutes deux signées par William Shakespeare, ont été présentées comme des textes comportant « des discussions relatives aux violences sexuelles » et à des « agressions sexuelles ». Certains universitaires dénoncent une mesure « fondamentalement malhonnête », qui priverait les étudiants d'une partie de l'œuvre et de l'histoire littéraire.


Shakespeare's Globe - Londres
Les grilles du Shakespeare's Globe, à Londres (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Les textes classiques de la littérature sont loin d'être les moins violents : décapitation, viol, inceste, meurtre, parricide... La galerie des horreurs est au complet. Dans un souci de prévention auprès des étudiants, l'université de Cambridge a fait précéder l'étude de deux pièces de William Shakespeare, Titus Andronicus et La Comédie des Erreurs, d'avertissements à propos des sujets abordés, notamment les violences sexuelles.

 

Ces précautions écrites ont été imprimées sur l'intitulé d'un cours et sur un document relatif à un séminaire sur les pièces de Shakespeare. L'objectif premier était, semble-t-il, d'éviter que des étudiants et étudiantes ne ressentent trop de stress vis-à-vis de ces sujets, qui peuvent évoquer des expériences personnelles douloureuses. Mais la mesure a tendu certains responsables de l'université.

 

« Bien sûr, personne ne veut se comporter comme s'il n'avait pas de cœur. Mais il faut apprendre à être un peu résilient », souligne ainsi Gill Evans, professeure en théologie médiévale et en histoire intellectuelle au sein de la prestigieuse université. D'après elle, cette mesure est « sûrement motivée par une bonne volonté de ne pas brusquer les étudiants », mais serait disproportionnée, en réponse à une génération « hypersensible ».

 

D'autres critiques portent sur la connaissance des pièces de Shakespeare, comme celle de David Crilly, directeur artistique du Shakespeare Festival de l'université, qui s'amuse du fait qu'un étudiant en littérature anglaise devrait pertinemment être au courant de la violence inhérente aux pièces de Shakespeare. Les universités britanniques ont apparemment de plus en plus recours à ce type d'avertissements avant certains cours, explique The Telegraph.

 

L'université de Cambridge a précisé qu'elle n'avait pas de politique particulière en la matière, et que ces avertissements relevaient de la responsabilité personnelle du professeur ou du conférencier.

 

Anthony Hopkins et Emma Thompson dans
Le Roi Lear de Shakespeare

 

« Nous devons encourager les étudiants à faire face à ce type de situations, même s'ils pensent qu'elles sont trop compliquées à aborder, pour toutes sortes de raisons », insiste encore Mary Beard, professeure de littérature classique. D'après elle, ces avertissements sont « fondamentalement malhonnêtes » avec les étudiants. La réaction de ces derniers n'est toutefois pas évoqué dans les différents articles sur le sujet : les avertissements n'ont peut-être, en réalité, aucun effet sur leur volonté d'assister ou non au cours ou à la conférence...