Pour que Persepolis relance le printemps arabe

Clément Solym - 23.04.2012

Edition - International - Marjane Satrapi - printemps arabe - persepolis


Le 3 mai prochain, le Tribunal de première instance de Tunis rendra son verdict dans le procès de Nabil Karoui, DG de Nessma TV. Au mois d'octobre dernier, la chaîne de télévision diffusait l'adaptation cinématographique Persépolis de Marjane Satrapi et récolait les foudres d'une partie de la population pour une scène où la petite Marjane s'en prend à Dieu.

 

Un délit de blasphème passible de la peine de mort comme l'a rappelé Nasr Saïdi, un des avocats du collectif de la partie civile. En omettant bien de rappeler que le jour du verdict coïncide tristement avec la journée pour la liberté de la presse. L'occasion de rappeler ce plaidoyer humaniste que représente l'oeuvre de Satrapi à l'heure où les crispations se cristallisent toujours un peu plus en Tunisie.

 

On repensera naturellement à la saga judiciaire opposant Charlie Hebdo à la Grande Mosquée de Paris, l'Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale. A une exception de taille.

 

Là, où la caricature pouvait choquer une conscience religieuse, Charlie s'est toujours mis un point d'honneur à choquer le dévot, Satrapi ne raconte qu'elle et la vie d'une enfant pendant la révolution iranienne. En cause, quelques rares secondes où une drôle de petite gamine insolente demande des comptes au Créateur sur les injustices que vit le peuple iranien entre arrestations arbitraires, ou plus personnellement, l' exécution d'un oncle communiste. Il y a certes de quoi déranger certaines piétés musulmanes entre représentation d'Allah et irrévérence de la fillette.

 

 

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Pourtant, c'est faire un procès politico-religieux au fruit de la vie d'une expatriée. Marjane hérite du progressisme de ses parents, fume, vit à l'occidentale. Et douée d'un talent graphique relate l'émancipation induite par un départ pour l'Europe. Un don artistique, une sobriété picturale qu'on attribuera volontiers au dépouillement pour ne garder que l'expression, l'émotion et l'imaginaire des personnages. Ou encore l'universalité d'un graphisme hors des codes et des genres.

 

Ce n'est donc pas pour rien que Satrapi a esquissé Marjane aux côtés d'un Dieu aux allures de Grand-père. Comme la représentation que se font les enfants d'un ami imaginaire, naturellement, mais aussi comme emprunt à la culture occidentale qui affublait le grand horloger d'une barbe. On pensera à William Blake. Aussi, si Persépolis cause un choc, qu'on aimerait salutaire, il est avant toute chose le témoin d'une vie passée de l'autre côté du miroir avant un retour aux sources aussi tendre que réaliste.

 

 Avec le coup de vis censeur d'Ahmadinejad, et plus récemment les élections législatives tunisiennes sur fond de poussée islamiste, la diffusion du dessin animée laissait présager un accueil bien hétérogène - on se souvient des mégères parangons de la morale que la Franco-iranienne croquait avec des airs de rapaces ou de chouettes -. Mais ce serait oublier que des cinémas ont fait passer la bande à Carthage avant la Nessma TV sans scènes de violences similaires.

 

Si au Liban, l'adaptation a produit le même scandale, il est amusant de lier un effet direct à un souvenir que Satrapi relate dans la bande dessinée. Avec l'avènement de la république des mollahs, et les interdits culturels, la petite Marjane découvre la musique rock en vente sous le manteau. Aujourd'hui, le film s'arrache de la même manière à Beyrouth comme ailleurs, à un prix ridicule.

 

L'histoire se répète donc et on souhaite la même issue favorable à Karoui qu'à la bande de Cabu. Pour rire des frilosités, peut-être. Pour refuser la négation d'une vie mise en images avec tant d'esprit, assurément.

 

 

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