Pour sa défense, Montchalin envoie le Syndicat de la librairie

Nicolas Gary - 10.03.2017

Edition - Librairies - Matthieu de Montchalin librairie - Syndicat librairie française - librairies Sauramps Montchalin


Le Syndicat de la Librairie Française a diffusé un communiqué des élus de son directoire. Ces derniers réagissent aux analyses dont le libraire Christian Thorel avait fait part dans nos colonnes. Il revenait en effet sur la vente des librairies Sauramps et l'attitude du président du SLF, Matthieu de Montchalin.

 

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Matthieu de Montchalin - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Matthieu de Montchalin a exercé sur tout le monde, et autant que faire se pouvait, une pression, à partir de ses prérogatives de président du Syndicat de la librairie française. Il a multiplié les déclarations dans la presse, concluant hâtivement que la vente était réglée en sa faveur, ayant manifestement omis d’étudier objectivement le dossier. Il s’est servi, et par conséquent, l’a biaisé, de son statut », expliquait Christian Thorel de la librairie Ombres blanches (Toulouse), dans un entretien accordé à ActuaLitté.

 

Montchalin, président "inconséquent" ? 

 

En réaction, les neuf membres du directoire du SLF considèrent qu’il s’agit d’« attaques violentes et infondées provenant de sources qui n’ont pourtant aucun rapport avec Sauramps ni avec le SLF ». Et de préciser que jamais le Syndicat n’a été « instrumentalisé » par son président, car la fonction « n’a jamais empêché un chef d’entreprise de développer ses propres projets, et ce de manière totalement indépendante ».

 

Le Syndicat estime que l’on cherche à nuire à sa propre entité, en tant que représentant des libraires indépendants. Le directoire espère d’ailleurs « que la grande aventure des librairies Sauramps, qui doit beaucoup à Jean-Marie Sevestre, se poursuive dans les meilleures conditions ».

 

Les salariés de Sauramps savoureront à sa juste valeur ce « devoir beaucoup ». Au sortir d’une réunion organisée par le PDG de Sauramps, un proche du dossier nous indiquait que Jean-Marie Sevestre n’y avait « jamais exprimé un seul regret, excuse, remise en question. En fait, il a regretté que les choses ne se soient pas déroulées comme il le souhaitait... Il est quand même le seul et unique responsable de cet immense gâchis, avec Matthieu de Montchalin ».

 

"Mais c'est incroyable, ça !"

 

« Pouf, pouf », dirait Desproges. D’abord, il faut corriger : Christian Thorel n’a jamais mis en cause le Syndicat d'aucune manière. Il avait simplement indiqué que le président et patron de l’Armitière avait joué sur des effets d’annonces, et n’avait pas constitué de véritable dossier de reprise pour Sauramps.

 

« D'abord, Montchalin s’est ridiculisé à travers le dossier Sauramps, ensuite, il refuse de répliquer aux attaques qui sont portées. Et voici qu'il se fait littéralement défendre par le Syndicat, qui n’a absolument rien à voir », s’étonne un libraire francilien. 

 

En revanche, on s’amusera de ce que le Syndicat réfute toute instrumentalisation, et ce faisant, prenne le temps de répondre, pour le défendre, à la place de l’intéressé.

 

« Le SLF, que cette histoire ne concerne en aucun cas, devient le porte-parole de l’entrepreneur-président Montchalin, pointé du doigt : mais c’est incroyable, ça ! C’est justement la parfaite démonstration de l’instrumentalisation du Syndicat. Le président se cache derrière le SLF, qui prend sa défense comme si le SLF avait la moindre connaissance du dossier Sauramps. Et tout le directoire se précipite, sans se rendre compte qu’il est manipulé ? »

 

Librairies Sauramps, une vente instrumentalisée ? 

 

Depuis janvier, Matthieu de Montchalin, avec sa casquette de président du SLF, avait multiplié les interventions dans la presse pour assurer qu’il serait le repreneur de Sauramps. À différentes reprises, il s’était posé comme le porteur du projet qui serait retenu.

 

En dépit du marasme autour de la vente, et du fait que par son comportement il ait fait écarter l’offre de Benoît Bougerol, autre repreneur, Matthieu de Montchalin a tout de même assuré à la Lettre M qu’il « réfléchit à faire évoluer le projet ». On pourra s'appuyer sur les questions, restées sans réponse, posées par les salariés, pour mesurer le projet qu'il avait alors présenté.