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Pour sauver la forêt boréale, Greenpeace réclame le soutien d'éditeurs

Antoine Oury - 16.05.2017

Edition - Justice - Greenpeace exploitant forestier Résolu - Greenpeace Résolu - Greenpeace éditeurs


L'organisation non gouvernementale internationale Greenpeace s'est lancée depuis plusieurs années dans un bras de fer avec l’une des plus importantes entreprises d’exploitation forestière en Amérique du Nord, Produits forestiers Résolu, dont les pratiques ont, selon Greenpeace, détruit des zones importantes de la forêt boréale canadienne.

 
Bord de lac / Shore
La forêt boréale (photo d'illustration, peupleloup, CC BY-SA 2.0)

 
Parmi les acheteurs des Produits forestiers Résolu, des éditeurs comme Hachette, Penguin Random House ou HarperCollins, que Greenpeace appelle aujourd'hui à l'aide pour boycotter l'exploitant, qui multiplie les actions juridiques « portant sur la liberté d’expression et la défense de l’intérêt public ».
 

C'est un rapport-choc que publie Greenpeace, comme seule l’organisation en a le secret : « Couper le droit de parole » explique comment la société Produits forestiers Résolu fait pression sur les organisations non gouvernementales pour faire taire toute critique vis-à-vis de son impact écologique, affirme Greenpeace. 

 

En effet, selon le rapport, « [p]lutôt que de collaborer avec Greenpeace et les autres parties prenantes dans le but d’identifier des solutions durables pour la forêt, les travailleurs et les communautés locales, Résolu a préféré intenter une poursuite de 300 millions de dollars canadiens (CAD) contre Greenpeace USA, Greenpeace International, Stand.earth de même que des employés de ces organisations. À cela s’ajoute une poursuite de 7 millions de dollars CAD déposée contre Greenpeace Canada et deux de ses employés. » Des actions en justice portées entre 2013 et 2016, rappelle l'ONG.

 

Le rapport explique que Produits Forestiers Résolu s'appuie sur la loi sur le racket et la corruption dans les opérations sur valeurs mobilières (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act - RICO) pour mener ses actions en justice et faire « valoir que la défense de l’environnemental constitue un comportement criminel ». Selon Greenpeace, les procès intentés par Produits Forestiers Résolu sont autant de menaces vis-à-vis de la liberté d'expression.

 

Mais le sel du rapport « Couper le droit de parole » n'est pas là : Greenpeace est en effet allée chercher qui étaient les clients de Produits Forestiers Résolu, et le donne en mille : on y trouve nombre d'éditeurs, dont Penguin Random House, HarperCollins, Simon & Schuster et Hachette. Or, remarque l'ONG, « [l]e paradoxe tient dans le fait que ces éditeurs appuient ainsi une entreprise qui menace activement le droit à la liberté d’expression qui sert de fondement à leur propre existence et qui est essentiel à nous tous ».


« Le métier même d’éditeur repose sur la liberté d’expression. Retrouver de prestigieuses maisons d’édition parmi les clients d’une entreprise qui harcèle juridiquement des associations est pour le moins paradoxal. Ces maisons d’édition ont pris des engagements forts pour la protection de l’environnement ; or, ces derniers sont en contradiction avec les pratiques de Résolu » explique Clément Sénéchal, chargé de campagne Forêts à Greenpeace France.

Le rapport (voir en fin d'article), prend d'ailleurs le cas de la maison d'édition québécoise, Ecosociété, pour le cas des poursuites-bâillon.

 

En conséquence, Greenpeace demande aux différents groupes éditoriaux de s'engager en rejoignant l'appel que l'organisation lance aujourd'hui à l'encontre de la compagnie forestière. « Ce que nous voulons, ce sont des forêts préservées au sein desquelles les droits des peuples autochtones sont respectés, des emplois créés pour les communautés et les habitats critiques protégés. Nous ne voulons pas que les exploitants cessent de s’approvisionner dans la forêt boréale canadienne, mais nous leur demandons, ainsi qu’à leurs clients, de participer à la construction de solutions durables pour les forêts » ajoute Amy Moas, chargée de campagne Forêts pour Greenpeace USA.

 

En 2013, la maison figurait par ailleurs dans les rangs des défenseurs de Greenpeace, alors que Résolu entamait des poursuites, pour faire taire l’organisation. « Une fois de plus, une entreprise utilise l’arène judiciaire pour faire taire un organisme qui fait un travail précieux pour la défense de nos forêts et pour le droit à l’information », assurait alors Élodie Comtois des Éditions Écosociété.

Dans son rapport, Greenpeace relève aussi les différents engagements environnementaux des éditeurs concernés, pour mieux signaler leur contradiction avec les pratiques de la société Produits Forestiers Résolu. Parmi ces engagements, celui de renoncer à du papier tiré de « forêts anciennes ou en voie de disparition »... ce qui est le cas de la forêt boréale.